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Bobby KENNEDY, 20 novembre 1925 - 6 juin 1968

Le 4 juin 1968, quelques minutes après avoir annoncé sa victoire dans les élections primaires de Californie, Robert Kennedy est abattu dans les cuisines de l'hôtel Ambassador de Los Angeles, par lesquelles il tentait de gagner la sortie du palace. Très grièvement blessé à la tête, Bobby meurt dans la nuit du 5 au 6 juin. Celui qui avait donc quasiment gagné l'investiture démocrate pour les élections présidentielles de novembre, subissait le même sort que son frère John, assassiné le 22 novembre 1963. Pour le peuple américain, et pour les démocrates plus particulièrement, ce fut une perte des plus traumatisantes...

Ce 4 juin 1968, je m'en souviens parfaitement. J'avais appris la nouvelle en classe, livrée par un prof qui devait être un admirateur des Kennedy. L'assassinat de Bobby avait été retentissant aussi de ce côté-ci de l'Atlantique et, dès lors, j'avais décidé de tout savoir sur cet homme qui représentait un réel espoir de paix dans la guerre du Vietnam. J'avais 14 ans, et si la France voisine en finissait avec les événements de mai, c'est bien la disparition de Bob Kennedy dont je me souviens le mieux. Aujourd'hui, après avoir beaucoup lu sur lui et sur John, je demeure persuadé que son assassinat demeure le plus triste et le plus dommageable, avec celui de Martin Luther King deux mois plus tôt, dans toute l'histoire des Etats-Unis. Et 55 ans plus tard, le destin de certain ex-élu et à nouveau prétendant au poste politique suprême de ce pays, ne fait que me conforter dans cette idée. Au point que je me demande où s'arrêtera le déclin de "l'empire américain"...

Quelques mots d'un discours prononcé lors de sa campane électorale. Elles tranchent avec ce que pensait la majorité du peuple américain en 1968, encore fortement imprégné de cette infâme ségrégation raciale, hélas toujours pas effacée 56 ans plus tard :

"Nos vies sur cette planète sont trop courtes, le travail à effectuer et trop bref. Mais nous pouvons peut-être nous souvenir que ceux qui vivent avec nous sont nos frères, et qu'il partagent avec nous ces mêmes courts moments de vie"...

6 juin 2024 _____________________________________________________

Romy Schneider, 23 septembre 1938 – 29 mai 1982

J'avoue avoir été assez indifférent au début de carrière de cette actrice allemande, née à Vienne le 23 septembre 1938. A l'époque, l'Autriche était rattachée au 3ème Reich depuis six mois, et la petite Rosemarie Magdalena était le fruit de l'union de deux acteurs : Rolf Albach-Retty et Magda Schneider. Antimonarchique depuis toujours, Sissi, l'impératrice d'Autriche-Hongrie, ne représentait rien à mes yeux. Les films dans lesquels Romy interprétait ce rôle, même si je les ai tous vus à la télévision, ne m'ont jamais passionné.

Celle qui, une grosse dizaine d'années plus tard allait devenir la meilleure actrice européenne, je l'ai découverte au cinéma en 1968, lorsqu'elle était l'héroïne de "La Piscine", aux côtés de son ex-compagnon Alain Delon. Joli film, dans lequel elle exposait sa plastique absolument parfaite au regard de l'ado que j'étais.  Après les magnifiques classiques de Sautet, que j'ai tous vus, en 1975 elle jouait sous la direction de Robert Enrico, et au côté de Philippe Noiret, ce terrible drame ayant pour titre "Le vieux fusil". Je me souviens parfaitement ce que ce long métrage m'avait inspiré : premièrement, l'horreur absolue que représentait la fin de Clara, périssant sous le feu d'un lance-flammes actionné par un soldat du Reich, après avoir été violée. Insoutenable ! Et deuxièmement la scène du début du film, lorsqu'elle rencontre pour la première fois Julien, son futur mari. Entièrement vêtue de noir, elle porte une coupe de champagne à ses lèvres, tout en soulevant la voilette dissimulant quelque peu son regard. C'est dans ces quelques secondes de pellicule que j'ai pris conscience, non seulement de la beauté incroyable de cette femme, mais aussi et surtout de son exceptionnel talent. Ses principaux films suivants n'ont fait que confirmer cela en salle. La télévision, le VHS puis le DVD m'ont servi à voir (et à aimer) une grande partie de ce qu'elle avait tourné avant cela.

Au début des années 60, sa relation avec Delon figurait dans l'ordre des choses. Elle faisait alors carrière en France, et le beau gosse que ce comédien assez quelconque représentait, ne pouvait que l'attirer. Mal lui en prit. Larguée comme un veille chaussette, elle mit du temps à s'en remettre. "La Piscine" passe pour les avoir réconciliés. J'en doute. Parce que le beau-parleur Français ne se servait de ses femmes que pour faire parler de lui. Comme Nathalie et Mireille, il prétendait que Romy a été "la femme de sa vie". Bla-bla coutumier de sa part ! S'il est possible de compter plusieurs femmes dans l'histoire de nos amours, une seule d'entre-elles peut être "celle de notre vie".

Le 3 décembre 1966, Romy Schneider, mariée au metteur en scène allemand Harry Meyen, met au monde son premier enfant : un fils prénommé David. Sans doute la plus grande joie de ses 28 années d'existence. Malheureusement, moins de quinze ans plus tard, alors mariée à Daniel Biasini, elle apprend la mort de son garçon. Vivant à Saint-Germain-en-Laye, chez les parents du mari de sa mère, David rentre d'une virée avec des copains. Il fait nuit et, le portail étant fermé à clef, il tente de passer par-dessus. La manœuvre échoue, le garçon perd l'équilibre et s'empale sur l'une des pointes métalliques du portail. Artère fémorale irrémédiablement perforée, il meurt dès son arrivée à l'hôpital. Accident terrible dont sa maman ne se remettra pas. Cela se passait le 5 juillet 1981, et l'adolescent n'était âgé que de 14 ans et demi. Dix mois plus tard, au matin du 29 mai 1982, la comédienne adulée par bien plus que les seuls Français, était retrouvée sans vie dans son appartement parisien.

En moi, Romy Schneider occupe la même place que Marilyn Monroe : deux femmes ayant rayonné comme peu d'autres sous le feu des projecteurs. Deux femmes ayant vécu une enfance douloureuse (père absent, mère trop peu aimante). Douleurs dont plus personne aujourd'hui ne conteste l'importance dans l'évolution d'un être humain. Etaient-elle faites pour évoluer vers ce qu'elles sont devenues ? Peut-être pas. Mais qui l'aurait été mieux qu'elles ? Romy est décédée d'une absorption contre-indiquée d'alcool et de médicaments. Comme Marilyn. Rumeurs de suicides en raison de vies devenues insupportables ? Sans doute quant à la raison. Mais infondées pour ce qui est d'actes délibérés, auxquels je refuse de croire.

Aujourd'hui, quel que soit le film de Romy que je vois ou revois (sur les 62 qu'elle a tournés, je pense en avoir vu la moitié) je ne peux m'empêcher de revivre une rencontre entre elle et moi, datant aujourd'hui de plus de quarante ans. C'était à l'aéroport de Genève-Cointrin, en 1981 ou 82. Si mon souvenir de la date exacte est imprécis, je pense que cela devait se situer après la disparition de son fils David. Parce que, malgré son sourire et sa gentillesse, elle avait dans le regard un voile qui en disait long sur sa détresse intérieure. Elle prenait l'avion pour Paris et, en qualité d'officiel (sans grande importance), je lui suis venu en aide dans une démarche relative au passage de la frontière. Dans mon souvenir, bien vivant, elle portait des vêtements plutôt légers, à dominante vert olive, elle m'a semblée relativement bronzée et avait tiré ses cheveux en arrière. Peut-être était-elle venue à Genève pour présenter, dans le "Spécial Cinéma" de Christian Defaye sur la TSR, son dernier film, "Garde à vue", sorti sur les écrans le 23 septembre 1981, jour de son 43ème anniversaire. Préposer au contrôle des passeports dans un service, équivalant helvète de la "Police de l'Air et des Frontières" française, elle m'a tendu son passeport allemand. L'ayant bien entendu immédiatement reconnue, je ne lui ai pas fait l'affront de contrôler ce dernier. Elle me remercia d'un grand sourire. Emu et débordant d'admiration, je la regardai s'éloigner. Mais elle fit très vite demi-tour, revint vers moi et me demanda à quel endroit devait-elle présenter une détaxe à l'exportation, destinée au service des douanes suisses. Par chance, la borne (commandée à distance) destinée à cela se trouvait à moins de dix mètres de ma guérite, ce que je lui ai indiqué. S'y étant rendue, après un court instant, elle se tourna à nouveau dans ma direction, affichant une moue explicite quant à l'usage malaisé de cette machine. Instruit à l'usage de l'instrument (fort peu ergonomique, je le reconnais), je quittai donc mon poste de travail afin d'aller l'assister dans sa démarche. Quelques passagers-ères se présentèrent encore à ma guérite, je leur fis signe de passer sans autre, le contrôle étant moins important au départ qu'à l'arrivée des vols. La merveilleuse comédienne a sans doute remarqué le trouble que constituait pour moi le fait de me trouver à ses côtés. Souriant et plaisantant quant à son incapacité à utiliser cette machine, elle a tout fait pour me mettre à l'aise. Et puis, l'opération terminée, elle m'a remercié et s'en est allée en me serrant la main, ce qui en dit long sur ses qualités humaines. Moi, j'étais sur un nuage. Et longtemps je me suis demandé si je n'avais pas rêvé. Mais non, ça s'est bien passé comme ça. Cette rencontre représente le plus beau cadeau que m'ait fait le 7ème Art. Il n'a pas duré beaucoup plus de deux ou trois minutes, mais il représente, et demeure depuis 40 ans, un moment inoubliable, inscrit pour la vie dans ma mémoire...

UNE RENCONTRE

 

Quand Romy me couvre de ce regard,

Je la revois dans cette aérogare,

Un peu perdue, émouvante et si belle.

 

Lorsqu’à son secours elle m’appelle,

Je crains soudain que mon cœur ne s’arrête.

Auprès d'elle, je la guide dans sa quête.

 

Souriant à mon trouble profond,

Elle sait que mon regard dans le sien fond ;

En me remerciant, elle me tend la main.

 

Puis elle s’en va. Rencontre sans lendemain,

Mais instant de rêve, d’intense bonheur,

Gravé pour toujours au fond de mon cœur.

 

Petit aparté :

Et puis, il y a cette coïncidence de dates entre deux événements majeurs ayant marqué nos vies respectives. Romy Schneider a perdu son fils adoré le 5 juillet 1981. Vingt ans, jour pour jour après cette tragédie l'ayant presque anéantie, le 5 juillet 2001, je perdais la garde de mes deux filles, parties ce jour-là rejoindre leur mère, qui m'avait quitté six mois plus tôt. Evidemment, il n'y a aucune comparaison de douleur possible entre ces deux événements. Même si la mienne, extrêmement profonde, m'a mené parfois à envisager de commettre l'irréparable quant à ma propre vie. Romy a disparu moins d'un an après le tragique accident de David. Moi j'ai survécu. Mais il m'a fallu sept longues années pour me remettre de la déchirure qu'a constitué le fait de me voir, en grande partie, empêché de jouer le meilleur rôle de ma vie, celui d'un père fou d'amour pour ses enfants… 

"De l'amour, plus on en donne, plus il nous en reste !"

(Citation découverte dans un film, mais je ne me souviens plus lequel).

29 mai 2024 ____________________________________________________

Jo SIFFERT,  7 juillet 1936 - 24 octobre 1971

Le dimanche 24 octobre 1971, au volant de sa Yardley BRM P160 avec laquelle il a terminé 5ème du Championnat du Monde de Formule 1, Jo Siffert prend part à une épreuve se déroulant sur le circuit de Brands Hatch (Angleterre) et destinée à fêter le 2ème titre mondial de Jackie Stewart. S'élançant de la pole position, il manque quelque peu son départ, et se retrouve en 10ème position à la fin du premier tour. 14 tours plus tard, il a déjà dépassé six concurrents. Mais dans la boucle suivante, à la suite semble-t-il d'un bris de suspension avant, sa voiture file toute droit à l'amorce d'un grand virage à droite. A haute vitesse, la BRM heurte le talus et, après un court vol plané, retombe sur le sol et explose. Les secours tardant à intervenir, prisonnier des flammes le pilote fribourgeois meurt asphyxié.

L'image ci-dessous représente un tableau du peintre britannique Richard Wheatland, qui était sur place lors de cette course. Il a intitulé cette œuvre magnifique "14ème tour", parce que c'est dans ce dernier qu'il a pris une photographie du pilote et de sa machine, cliché à partir duquel il a composé son tableau. On peut donc affirmer que cette image est l'une des toutes dernières montrant Jo Siffert dans ses œuvres de pilote extrêmement combatif, loyal, parti de rien pour parvenir au sommet du sport automobile (2 victoires en F1, plus 3 hors championnat du monde, et 14 en Endurance). Jo a été pour moi le premier et le plus grand héros sportif de ma vie.

Cinq jours plus tard, lors de ses obsèques à Fribourg (moins de 40'000 habitants à l'époque) plus de 50'000 admirateurs-trices lui rendirent un dernier hommage tout au long du convoi funéraire parcourant les rues de sa ville natale...

3 avril 2024 _____________________________________________________

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