top of page

L'horreur...

​Hier, j'étais près de l'Airbus débarquant ses passagers. Des familles arrivant ici sans savoir si leur enfant était mort ou miraculeusement encore en vie. Plongées dans une incertitude parmi les plus horribles. Je n'étais pas obligé d'être là. Mais je l'ai voulu. Par la solidarité, humble, dérisoire et sans frontières d'un père de famille suisse avec des familles belges et néerlandaise décimées. Rien n'est plus injuste et plus cruel que la mort d'un enfant. Après dix jours de montagne, de soleil, de neige et de joie, la mort glaciale, atroce, dans un autocar, au fond d'un tunnel valaisan... Tous les cadeaux que la vie fait, elle les reprend un jour. Comment expliquer que de telles choses soient possibles ? Le croyant a réponse à tout. Il s'incline pour mieux implorer son dieu. L'athée fait de même mais pour ramasser des cailloux et, désespéré, en larmes, les jeter au ciel en criant : "dieu est mort !"...
15 mars 2012

​

Suite...

Devant une haie d'honneur, constituée de leurs collègues au garde à vous, les gendarmes valaisans chargent les vingt-huit cercueils à bord de l'Hercule. Parmi ces derniers, vingt-deux d'entre eux sont blancs et de petite taille... Plus tard, sur l'aéroport de Bruxelles, les mêmes corps sans vie, alignés dans un hangar, auxquels on rend hommage. Visions d'horreur ! Qui vous prennent à la gorge et vous mettent plein de flou dans le regard. Et puis, au-delà de la douleur des familles, il y a cet incroyable et émouvant élan de fraternité. Tout un peuple pleure ses enfants disparus. Les barrières linguistiques, les rancœurs tenaces et les incompréhensions ont soudainement volé en éclats. Immensément réconfortant...

 

Depuis quatre jours, les journaux télévisés exhibent des présentateurs et trices affichant un air grave. L'essentiel de cette tragique actualité monopolise leur temps d'antenne. Ils mettent en exergue le travail remarquable des secouristes suisses, la dignité des familles décimées, l'élan de solidarité de toutes les nations européennes, la douleur des petits écoliers de Belgique et des Pays-Bas, camarades d'école des infortunés disparus. Les images, dans leur ensemble, sont dignes et sans trop de voyeurisme (du moins concernant celles que j'ai vues). Humanisme, compassion et altruisme, en exergue à la une de tous les journaux du soir de la télé. Vingt minutes durant lesquelles chaque être humain normalement constitué vibre, s'émeut, se révolte contre la fatalité, compatit ou pleure. Une télé humaine. Ca fait tout drôle…

 

Tout drôle parce que dans la demi-heure suivante, infos terminées, les séries débarquent et la violence, le sang, le meurtre, le viol et l'insoutenable reprennent le dessus. On veut bien faire une trêve, mais pas beaucoup plus d'un quart d'heure, s'il vous plaît ! Et, devant son poste, celui qui crée la demande de ce genre imbécile diffusé par toutes les chaînes (ou presque), redevient le téléspectateur lambda du 21ème siècle, le diffuseur un vautour ayant un tiroir-caisse à la place du cœur. Désolant ! Désespérant ! Bien plus encore que l'arbitraire choix d'un destin ayant décidé, un soir de mars 2012, de jeter ce car rempli d'enfants contre la parroi maudite d'un tunnel valaisan…
17 mars 2012 ________________________________________________

Entre larmes et... larmes

Fin d'année sur un fait divers atroce qui s'est déroulé dans le canton de Fribourg. Mardi, après une violente dispute dans un couple avec deux enfants en bas âge, la mère demande à son mari de quitter le domicile conjugal. Ce qu’il fait. Mais le lendemain, équipé d'une arme de poing, il débarque dans l'appartement. Il tire froidement sur ses deux filles, l'une âgée de six ans et l'autre de deux mois. Epargnant sa femme, il part se réfugier dans la forêt voisine. Le bébé décède sur les lieux, la fillette est très grièvement blessée. La police, très rapidement découvre le corps de l'assassin dans les bois. Il s'est tiré une balle dans la tronche. Vendredi, après une lutte de 24 heures contre la mort, la fillette décède à son tour. Bonne Année 2012 à la maman…

Je n'arrive plus à supporter ce genre de comportement, en principe typiquement masculin. Quoi de plus ignoble, de plus égoïste que de vouloir disparaître en emportant ses enfants avec soi? Crime de la passion, méritant que l'on accorde à son auteur des circonstances atténuantes ? Des clous ! Assassinat pur et simple. Froidement prémédité. Lui-même victime parce que suicidé ? Tu parles ! Vengeance et acte cruel délibérément destiné à faire souffrir la mère. Que cette dernière ait ou non des torts, rien ne justifie un acte aussi barbare. L'assassin n'a que ce qu'il mérite, mais sa mort est beaucoup trop belle. Il aurait mieux fait de se rater et d'être jeté en prison, avec de quoi souffrir jusqu'à la fin de ses jours…

31 décembre 2011 _____________________________________________

 

 

​

Suicide et info…

Elle avait neuf ans et elle est morte lundi dernier, dans la banlieue lyonnaise. Effarant fait divers et d'hiver ! A cet âge-là, comment oser monter sur le rebord d'une fenêtre et se jeter dans le vide, du cinquième étage ? Pourquoi ? Comment est-il possible de vouloir, si jeune, en finir avec la vie ? Le courage qu'il faut pour passer à l’acte… La détresse qui devait être celle de cette petite fille prénommée Lalita… La douleur, éternelle, des parents. La maladie (la fillette souffrait de diabète chronique) n'explique pas tout. Et puis, ces chaînes de télé qui, après cette tragédie lyonnaise, versent dans une immonde chasse au scoop, traquant le péquin détenant l'info inédite, ou un(e) camarade de la petite, qui viendront, espèrent-elles toues, leur servir. A elles seules, pas aux autres ! Une meute abominable surfant sur la vague d'une déontologie définitivement assassinée par l'audimat. Des loups, des rats de l'info, des petits merdeux de pseudo-reporters et cameramen en quête de sensationnel, téléguidés par des PDG de chaînes ayant un coffre-fort à la place du cœur. Et ce public qui en redemande… Tout cela est écœurant, à gerber. Tout ça me dégoûte et me conforte dans l'idée qu’une partie du genre humain a été façonnée dans une matière infecte, sur laquelle une mouche ne viendrait pas se poser ! 
22 janvier 2011 _______________________________________________


 

 

Où sont Alissia et Livia ?

Où, je n'en sais rien, mais mortes j'en suis persuadé. Abandonnées, on les aurait déjà retrouvées. Confiées à des tiers, ceux-ci se seraient manifestés, vu l'ampleur qu'a pris cet horrible fait divers. Non, le père est allé au bout de son désespoir. Nul n'a le droit de le juger pour ce qu'il a fait de sa vie. La mort était son choix et il faut le respecter. Mais ses enfants ? Les entraîner dans la mort avec lui aurait été impardonnable. Les laisser quelque part, livrées à elles-mêmes, sans avertir qui que ce soit serait tout aussi abject. Les assassiner à des centaines de kilomètres de l'endroit où lui-même s'est donné la mort, afin que l'on ne retrouve pas les corps, serait abominable. Alors, où sont-elles ? Imaginez l'angoisse de la mère...
Et s'il y avait autre chose, finalement... Tout est réuni pour accabler le père. On l'a vu à bord du ferry reliant Marseille à la Corse. Mais personne ne se souvient des fillettes. Etaient-elles avec lui ? A-t-il seulement quitté la Suisse en leur compagnie ? Et puis, aller se suicider à 1'500 kilomètres de chez lui, dans un endroit qu'il ne connaissait pas. Pourquoi ? Quel que soit le désespoir d'un père qui adore ses filles, les tuer par amour est une hérésie. Ou alors, on meurt ensemble. Pas les unes d'un côté et l'autre ailleurs. Il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire. Cet oncle qui joue les porte-parole, cette mère dont on ne sait ni ne dit rien. Quel est ce mystère ?...
Et si l'on retrouvait le corps des petites dans un endroit des plus glauques, l'énigme risque de ne pas être résolue pour autant. Toute cette histoire ne tient pas debout. Alessia et Livia, les adorables petites jumelles de six ans, risquent bien, hélas, d'être les victimes innocentes d'une tragédie qui ressemble, chaque jour davantage, au plus mauvais polar de l'année...

8 février 2011 ________________________________________________


 

 

C'est humain, ça ?

Ça se passait à Bari, dans le sud de l’Italie. Il y a deux ans, une fillette est retrouvée dans le logement de ses parents. Enfermée dans un placard, avec pour seul compagnon, un caniche. La petite a sept ans. Elle ne parle pas. Elle jappe, grogne et aboie, comme le chien qui a été le seul à lui adresser la parole depuis son plus jeune âge. Mangeant dans l’auge du chien, dormant sur un tapis crasseux, parmi les excréments, enfermée dans le noir et dans sa peur, son calvaire a duré ce qu’ont duré les sept premières années de sa vie. Ses parents : père invalide et au chômage, mère souffrant de graves troubles psychologiques. L’affaire était demeurée secrète et si elle ressort aujourd’hui, c’est parce que le procureur du tribunal de Bari a décidé de classer l’affaire. Motif : ne parlant pas, la fillette est incapable de décrire son cauchemar. La mère a été internée, le père pris en charge par les services sociaux, aucun d’eux ne sera poursuivi. Quant à Lucrezia, la pauvre petite enfant, elle a été placée dans un foyer, où l’on tente de lui apprendre à parler. Acte qu’elle accomplira sans doute un jour. Mais que demeurera-t-il, dans son esprit torturé, du calvaire enduré ? Tout et à tout jamais…
Drame de la pauvreté, de la promiscuité, de l’indifférence, du je-m’en-foutisme. Drame du Moyen-Age ? Non, drame du XXIème siècle, fait divers et banal d'un monde prétendu moderne, que j’aurai renié bien avant ma mort...
16 juillet 2011 ________________________________________________

 

 

​

Dans les rues du ghetto…

Dans les rues bordant le ghetto, les SS marchaient sans états d'âme. Déambulant, insensibles, hermétiques à l'indescriptible tohu-bohu d'un quartier servant de mouroir à la "lie de l'humanité", selon leur définition. Les trottoirs, infestés d'immondices, regorgeaient de monde. Hommes, femmes, enfants, assis ou couchés, apathiques aux visages émaciés, globes oculaires sortant de leurs orbites, tout proches de l'agonie. Les gens les dévisageaient avec insistance, le regard suppliant ou plein de mépris. Les uns silencieux, les autres implorant d'une voix au timbre presque éteint, le trognon d'une pomme ou les miettes d'un morceau de pain qu'ils auraient pu leur jeter mais que, toujours, les SS se faisaient un plaisir de refuser. Ils étaient impatients de les voir mourir, pressés d'en être débarrassés…
 

Dans les rues bordant le ghetto, fiers de leur sang pur et convaincus que le Führer les menait sur le chemin de la victoire, les SS ne voyaient que ça, ne distinguaient plus rien d'autre. Ni la misère éclatant à chaque coin de rue, ni la douleur des mères éplorées, ni les visages faméliques de leurs enfants, leurs joues creuses et leurs bras rachitiques, leurs regards effarés, crevant de faim sans comprendre ce qui leur arrivait. La mort rôdait partout, fondant sans ménagement sur les plus faibles d'abord et les autres ensuite. Les hommes de troupe avaient fini par ne plus la voir, ignorant au loin les corps, sans un regard pour les êtres que dissimulaient à peine des restes de vêtements en lambeaux. Eux faisaient partie du peuplé élu, alors que dans ce quartier-prison, le peuple juif "vivait" sa juste extermination…
 

Dans les rues du ghetto, évoluaient les âmes en partance. Ames des morts et âmes des reclus à l'agonie, en suspension, aériennes, simplement retenues par le fil invisible les rattachant encore si faiblement à la vie. Partout des enfants pleuraient, criaient d'un reste de leurs forces vives. Bien plus encore demeuraient silencieux, vidés de tout espoir, de toute substance de vie, les yeux à demi clos, n'attendant plus que de choir sur le côté, face contre cette terre qui ne voulait plus d'eux. Enfants martyrs, innocents, frères et sœurs enlacés, abandonnés, s'accrochant l'un à l'autre, ne faisant plus qu'un dans le crépuscule de leur dernier jour. Le prochain lever du soleil sur Varsovie les trouvera sans vie, couchés sur le trottoir, morts. Coupables de s'appeler Epstein ou Zylberstijn, mais morts dans l'anonymat. Et, injustice ultime, promis à la fosse commune, sans la moindre cérémonie d'adieu…
Un genre terrestre, constitué d'êtres vivants qui laissent ainsi périr les enfants, n'a absolument rien à espérer d'une vie après la mort…
5 juillet 2011 _________________________________________________

bottom of page