DESTINS D'ENFANTS
Histoires tragiques de celles et ceux qui représentent notre bien le plus précieux
Dernières mises à jour : Page Perso, le 3 décembre - Pages 1 et 8, le 19 novembre - Page 7, le 11 novembre 2025
Pardon Ania !
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N’aurais-je pas su dire
Tout le poids de tes maux,
Pas su trouver les mots
Qu’il me fallait écrire ?
Pourtant, comment décrire,
Dans l’enfer de la guerre,
Aux mains de tes bourreaux,
Un si triste calvaire ?
Un destin éphémère,
C’est toi qu’on assassine,
Qu’on arrache à l’amour
D’un père et d’une mère,
Qu’on prive de ses sœurs.
Tu n’es plus que sanglots
Que larmes et douleur
Coulant d’un même flot.
Blême sur ton lit blanc,
La maigreur de tes flancs
A foudroyé mon cœur.
J’ai voulu, par mes larmes,
Et toi me laissant faire,
Te rendre la chaleur,
La pousser en tes veines
Pour réchauffer ton sang.
Trop loin de ta douleur,
Oui, j’étais impuissant,
Submergé par la peine,
Vaincu et maudissant
Les ignobles barbares,
Auteurs de ce méfait,
Si fiers de leur forfait,
Tous altiers dans leur tare.
Ania, fillette blonde,
Tu as subi l’emprise
Et l’appareil immonde
D’un système inhumain.
A toi, triste et soumise
Aux affres de son onde,
La mort a pris la main,
Par un soir de septembre.
Elle entra dans ta chambre,
Se glissa sous les draps
Tout fripés de ton lit.
Trop faible, tu n’as rien dit.
Et c’est moi qui depuis,
Pauvre petite enfant,
Proteste et te défends,
Dans l’enfer de mes nuits.
Si loin que je vivrai
Ania, je le promets,
Je me ferai devoir
D’honorer ta mémoire.
Et un jour, tôt ou tard,
Revêtu d’un costard
De grande circonstance,
Je passerai te voir.
Cette juste échéance,
Rigide à tout renvoi,
Sera pour moi la chance
D’entendre enfin ta voix,
Et de te dire, un soir,
Avoir fidèlement
Raconté ton histoire,
Mais hélas sans talent.
Je n’imaginais pas
Qu’un si triste trépas
Pourrait être baigné
De tant d’indifférence.
Cet échec est le mien
Et le cri que je lance,
Pareil à tous les tiens,
S’évapore en silence.
(Juin 2015 - Après l'échec des ventes du roman)
Naissance
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Naître ici
Ou naître ailleurs,
Dans l'hémisphère nord,
Ou dans le tiers-monde,
En pays riche,
En pays pauvre…
Naître en temps de guerre,
Ou en temps de paix,
Naître noir(e), blanc(he)
Jaune ou métis(se),
Sous une bonne étoile,
Ou un mauvais augure…
Naître désiré
Ou n'être qu'accident,
Naître chrétien,
Ou musulman,
Naître juif
Et l'assumer…
Naître trop tard
Ou bien trop tôt,
Naître génie
Ou n'être rien,
Naître Adolf
Ou bien Gandhi…
Naître malade,
Ou handicapé,
Malentendant
Ou mal voyant,
Naître dans la joie
Ou dans la douleur…
Naître en Amérique,
Au Népal, au Darfour,
Dans une jolie ville,
Dans un bidonville,
Dans l'opulence
Ou la précarité…
Naître homme,
Ou naître femme,
Naître en lieu stérile
Ou dans un taudis,
Naître vivant
Ou naître mort…
Naître ou ne pas être,
Être ou paraître,
Dans un bien-être
Ou dans son mal-être,
La naissance est précieuse,
Chaque vie est unique…
Ce qu'il advient après
Est une autre histoire.
La partialité du destin
Fait de la naissance
La plus gigantesque
Injustice de la vie !
(Octobre 2014)
Ania de Majdanek
(Héroïne de mon roman)
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Lorsqu'à la porte vint frapper le destin,
Vêtus de leur uniforme gris-cendre,
Ils sont arrivés dans le clair matin ;
D'un long train noir, on les a vus descendre,
Raides, durs, le regard vide et l'air hautain…
Forts de leur pouvoir et sans états d'âme,
Semant la mort dans les champs de Pologne,
Les villes et les hameaux, tuant des femmes,
Des hommes, des enfants, sans nulle vergogne,
Ils n'ont laissé que du sang et des flammes…
Dans Zamosc assiégée, ces matamores
Ont rassemblés les jeunes survivants,
Enfants martyrs, et de peur presque morts,
Les ont entassés dans le train, au vent
A la pluie, et déportés vers le nord…
Fillette de six ans tout éplorée,
Parmi ces malheureux tremblait Ania.
Arrachée à ses parents torturés,
Lorsque le train fantôme s'éloigna,
Elle ne devint plus rien qu'une égarée…
Dans le camp de Majdanek, déportée,
Ania ne mangeait pas, ne buvait plus.
Ses pupilles, un soir, se sont dilatées ;
Un matin, son sang perdit tout son flux
Et de battre son cœur s'est arrêté…
Elle n'avait plus que la peau sur les os
Et ne pesait pas plus de dix kilos !
Ses assassins, en bourreaux aguerris,
Ignobles, jusqu'à la vie lui ont tout pris ;
Et je frémis, me penchant sur ses pas,
A l'idée de ce que fut son trépas…
De Treblinka, Chelmno à Majdanek,
De Sobibor, Auschwitz jusqu'à Belzec,
Un million et demi d'enfants martyrs
A jamais continueront de gémir.
Par vent d'est, entendez-vous dans le froid,
Les cris glaçants de leur immense effroi ?
(Mai 2011)
Chemins de guerres
Là-bas, sur le chemin,
L'enfant s'est arrêtée,
Essuyant d'une main
Sa joue ensanglantée.
La pluie sur son visage,
Et sur son corps si frêle,
Tel un torrent sauvage,
Abondamment ruisselle.
Le regard inondé,
Elle est là, devant moi,
Me demandant pourquoi
Le ciel a tant grondé.
Le fond de ses yeux sombres,
Tout submergés de pleurs,
N’affiche plus que l’ombre
D’un masque de douleur.
Sur le bord du chemin,
L'enfant s'est effondrée,
Plongeant genoux et mains
Dans le champ labouré.
Où sont maman, papa,
Qui fuyaient avec elle ?
Ils ne répondent pas
Lorsqu'elle les appelle.
Comment si petit être,
Egaré dans le froid,
Un jour a-t-il pu être
En proie à tant d'effroi ?
Allons, ne cherchez guère !
Et voyez sur les routes,
Victimes de la guerre,
Tant d'enfants en déroute...
(Janvier 2005)
Amours de ma vie
Dans la mélancolie,
La nostalgie
D'une nuit de printemps,
J’ai pris le temps
D'éloigner de mon cœur
Quelques rancœurs.
Alors, douce jouvence
En ma conscience,
J'ai saisi la jeunesse
Et l’allégresse
Des Amours de ma vie,
De mes deux filles.
Vous êtes ma fierté,
Ma volonté,
Mon avenir, ma force,
La sève, l'écorce
De l'arbre qui me tient,
Ou me maintient
Debout. Dans ma souffrance,
Lorsque je pense
A vos tendres dix ans,
Oui, je me sens
Toujours à vos côtés,
Réconforté.
Maeva et Céline,
Mes héroïnes,
Vous êtes la douceur,
Le seul bonheur
De mon reste de vie,
De ma survie.
JE VOUS AIME !
(Avril 2002)