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Mon "coming-out" (mais pas celui que vous croyez)

Suite de l'article du 23 décembre 2023

Les démarches de la CECAR pour tenter de retrouver l'auteur de l'abus sexuel subi en 1963 ont donné les résultats suivants. Si aucun auteur possible n'a pu être trouvé, un cas similaire au mien a été porté à la connaissance de l'Eglise (Evêché de Bâle, dont la paroisse de Courchavon faisait partie) en 2020 : un homme agressé sexuellement à la même époque (alors qu'il était enfant) par un prêtre de la paroisse dont provenait sans doute celui qui, remplaçant l'abbé titulaire en congé, a commis le même genre de choses sur ma personne. Le supposé coupable, dont le nom est donc connu, est décédé en 2009. La suite du travail de la CECAR consiste à tenter de mettre la main sur une ou des photos de ce curé (ou d'autres si ce dernier n'est pas mon agresseur) me permettant de l'identifier, ou du moins de tenter de le faire, car même 60 ans plus tard, je garde un souvenir assez concret de sa physionomie.

Affaire à suivre et, d'ores et déjà, un immense merci à la Commission Ecoute-Conciliation-Arbitrage-Réparation pour le remarquable  travail accompli.

29 avril 2024 _________________________________________________________

MARISA

Souvenirs de quelques années d'école. Le premier émoi causé par le regard d'une fille posé sur moi. Elle s'appelait Marisa, elle était belle, douce et gentille. Camarade de classe, elle est la seule personne à avoir suscité en moi le plaisir de fréquenter l'école. Je ne l'ai jamais oubliée, je ne l'oublierai jamais ! Je lui dédie ce petit clip, qu'elle mérite mille fois. Merci Marisa d'avoir été là...

16 avril 2024 _____________________________________________________________

Valentin un jour, Valentin toujours...

Août 1971. J'ai 17 ans et je passe une dizaine jours chez des amis de mes parents, un couple ayant cinq enfants, trois filles et deux garçons. Si je suis en vacances dans ce village jurassien, situé à la frontière avec la France, c'est parce que, un mois et demi plus tôt, lors d'un piquenique commun à nos deux familles, j'ai noué une relation intime avec la deuxième fille de la famille, Martine qui a 19 ans. Je suis donc extrêmement heureux de la retrouver. Mais, après quelques jours, je remarque un certain fléchissement de sa part quant à sa disponibilité dans notre relation. Je ne comprends pas pourquoi, et lui pose la question. Réponse très vague et peu convaincante de sa part. Un jour, je ne me souviens plus pour quelle raison, j'entends son père la surnommer, "bourreau des cœurs". J'accuse le coup, et m'interroge sur l'échéance de notre histoire, si brève, craignant qu'elle ne se termine en eau de boudin.

Quelques jours avant de rentrer chez moi, alors que les choses ne s'arrangent pas, en compagnie de sa sœur aînée je me rends chez un groupe d'ami(e)s des deux filles, afin de participer à ce qu'on appelle à l'époque, une surprise-party (soirée dansante). Martine nous y rejoindra plus tard. Fabienne et moi marchons côte à côte. Nous n'avons pas beaucoup parlé depuis mon arrivée, et je me sens un peu emprunté quant à lui faire la conversation. Elle sent bon et (vraiment sans la moindre arrière-pensée), je le lui fais remarquer. Sans me regarder, elle sourit. Fine et élancée, elle est physiquement très différente de sa sœur, plus petite et aux attributs féminins nettement plus développés (critères sans importance à mes yeux). Il n'est pas tard, mais la nuit est tombée (l'heure d'été n'est pas encore en vigueur). Il fait chaud, le ciel est constellé d'étoiles, et je me sens plutôt bien en sa compagnie. La rue est déserte et, de loin en loin, faiblement éclairée par les réverbères surplombant notre cheminement. Peu pressés dans notre progression, nous parvenons à la hauteur de deux maisons, construites très proches l'une de l'autre. Soudain, Fabienne s'arrête, me regarde en silence, le temps de deux secondes, puis attrape ma main et m'entraîne avec force dans la sombre ruelle séparant les deux bâtisses. Là, avec une vigueur insoupçonnée et insoupçonnable, elle se jette dans mes bras et m'embrasse passionnément. Totalement surpris, je subis l'assaut. Mais, assez rapidement, je la rejoins dans son étreinte passionnée et ses enivrants baisers. Cela n'a pas duré, me semble-t-il, plus de deux minutes. Mais quel souvenir merveilleux j'en garde ! La détermination de cette fille de 20 ans, sa douceur et son parfum aux fragrances envoûtantes m'ont totalement subjugué.

Comme je vivais dans une famille, au sens large du terme, dominée par des hommes (père, grand-père, oncles) majoritairement machos, et avec des femmes obéissantes et soumises, l'initiative de Fabienne m'a proprement époustouflé. Ouvert à la beauté et à la douceur féminine depuis quatre ou cinq ans, j'ai vu en elle le prototype idéal d'une fille vivant et comblant ses envies comme elle l'entendait. Et j'ai adoré ça ! Elle était fiancée à un homme bien plus âgé, qui vivait en France, à plus de 100 kilomètres de chez elle ; les week-ends étaient leurs seuls moments de rencontre, et ils avaient prévu de se marier deux mois plus tard. Cette parenthèse de tendresse lui était nécessaire, elle l'a comblée et j'en ai été l'heureux bénéficiaire. Mes derniers jours chez elle furent remplis de moments similaires, et je me préparai à la quitter soumis à un gros pincement de cœur, contrairement à Martine qui ne s'était rendue compte de rien, sans doute pensant à un autre que moi (je l'ai su plus tard). Fabienne m'avoua alors ne pas avoir la moindre envie de se marier, mais qu'elle allait quand-même le faire, part dépit, et sans vouloir m'en dire davantage. Nous nous quittâmes donc, non sans nous être isolés afin de vivre nos dernières douces et mémorables effusions. Après cela, je ne l'ai plus jamais revue, jusqu'au décès de son papa, en 2017 je crois. Cinquante-trois ans après ces tendres moments, elle demeure dans ma mémoire la femme m'ayant embrassé comme nulle autre n'a jamais réussi à le faire. Sans doute est-ce depuis ce temps-là que mes rêves nocturnes, souvent peuplés de femmes, me portent vers l'une d'entre-elles, qui me sourit et qui prend l'initiative d'un moment de tendresse entre elle et moi. J'adore ça, et je ressens une immense fierté de constater que le macho qui, parait-il, est présent dans chaque homme, sommeille en moi depuis tant et tant d'années. Et croyez-moi, je n'ai jamais éprouvé le moindre besoin ni la plus minuscule envie de le réveiller…

En ce jour où un certain Valentin nous invite à célébrer celle ou celui que l'on aime d'amour, je ne me joindrai pas à la masse qui se plie à cette coutume ringarde. Parce que mon amour des femmes, je le célèbre et le vis chaque jour de ma vie, et ceci depuis mon adolescence, que ce soit en réalité ou virtuellement (cinéma). Les femmes ont énormément compté dans mon existence, qu'elle soit privée ou professionnelle. Dans la seconde, toujours plus ou moins présentes, ce sont elles qui m'ont apporté mes plus belles satisfactions. Et finalement, si j'en suis là aujourd'hui, c'est sans aucun doute parce que j'ai eu très largement le temps de me rendre compte que la femme est infiniment plus intéressante que son contraire.

14 février 2024 _______________________________________________

En voilà une idée qu'elle est bonne !

L'idée n'est pas nouvelle, puisque déjà expérimentée en Suisse, la dernière fois en 1991. A l'heure où la paix mondiale est menacée de toutes parts, le pays se doit d'assurer ses arrières. Donc, l'armée pourpre à croix blême va tester le moyen de suppléer aux terrains d'aviation militaire, éventuellement détruits par l'envahisseur. Pour ça, il faut tester l'utilité (ou non) des autoroutes. Ach ! Gut gedenkt ! En Helvétie, trois aérodromes militaires subsistent en 2024 : Payerne (VD), Meiringen (BE) et Emmen (LU). Deux autres, Sion (VS) et Dübendorf (ZH), sont susceptibles d'être réactivés en cas de fortes menaces de conflit.

Ce qu'il convient de savoir, avant tout, c'est la distance séparant ces aérodromes de la frontière nationale la plus proche. Payerne est à 27 km de la France, Meiringen à 37 km de l'Italie, Emmen à 54 km de l'Allemagne, Sion à 34 km de l'Italie, Dübendorf à 24 km de l'Allemagne (et à 68 km de l'Autriche). En cas d'attaque aérienne déboulant forcément de l'espace aérien (violé ou non) de l'un de ces pays (j'occulte volontairement le Liechtenstein), il faudra aux avions volant à 1'000 km/h (soit environ 16 kilomètres parcourus en 60 secondes), moins de 2 minutes pour bombarder Payerne, 2 mn 25 pour atteindre Meiringen, 3 mn et demie pour Emmen, 2 mn 20 pour Sion, et 1 mn et demie pour ce qui est de Dübendorf. Autant dire que les F/A 18 (ou futurs F-35) n'auront même pas le temps de prendre l'air où que ce soit pour défendre la Patrie (debout tout le monde-hymne national-main sur le cœur-hissé des couleurs). 

 Donc tous les aéroports ratiboisés, et si par bonheur des uns et malheur des autres, la flotte de défense de l'espace aérien n'est pas entièrement détruite, les avions restants seront censés utiliser les autoroutes pour décoller et (s'ils ont la chance de revenir) pour atterrir. Chez nous, tous les aérodromes militaires ont une autoroute très proche, comportant une ligne droite d'au moins 2, 5 km de longueur. C'est le cas à Meiringen (A8), Emmen (A14), Sion (A9), Dübendorf (A15). Pour l'exercice du mois de juin prochain, c'est donc la ligne droite de l'A1, longue de 3,2 km et située entre Avenches et Payerne qui sera utilisée. Mais...

Parce qu'il y a un mais, et il est de taille. Cette ligne droite est située à 800 mètres à vols d'oiseaux (lesquels auront complètement disparus peu de temps après l'arrivée de cette daube de F-35, insupportablement bruyante) de la piste de l'aérodrome vaudois. Nos agresseurs, n'ayant à coup sûr pas moins de compétences que les "fins stratèges" de la Schweizer-luftwaffe, dirigés par la colonelle décisionnaire EMG (Etat-major général) Amherd (laquelle ignore même si les moteurs à pistons des FA18 actuels fonctionnent au gasoil ou au sans plomb 95), ils auront bien entendu pris connaissance de cette réalité d'une extrême importance. Et qui donc, en attaquant l'aérodrome, l'incluront dans leur plan d'assaut. Résultat : Aérodrome et autoroute proche rasés, niqués, poutzés propre en ordre. Punkt schluss, circulen-sie, y'a plus nada à voir...

11 février 2024 ___________________________________________________

Un coup de fil, c'est si facile (quoique...)

Hier, le président ukrainien Wolodymyr Zelensky appelle par téléphone Viola Amherd, présidente de la Suisse. Voici le compte-rendu de cette conversation, qui s'est tenue en anglais (traduction instantanée Google).

Dans son salon particulier, la présidente est entre les mains de Gertrud Hartmannswillerkopf, sa coiffeuse, qui est en train de lui arranger le brushing. La sonnerie du téléphone rouge et blanc (ligne directe et cryptée) se met alors à résonner. Un linge enroulé autour de sa tête, madame décroche.

- Palais fédéral de Bern, Viola Amherd, présidente de la Confédération helvétique, 13 heures 40, que puis-je faire pour vous ?

- Bonjour madame la présidente, c'est Wolodymyr Zelensky, président de l'Ukraine, qui vous appelle.

- Bonjour monsieur Lezensky, comment allez-vous bien ?

- Zelensky, madame, pas Lezensky…

- Oh schuldigung, désolée, j'avais mal compris.

- Pas grave. Madame la présidente, mon pays a un besoin urgent d'avions de combat. J'ai appris que vous alliez prochainement vous débarrasser de vos FA/18, pourriez-vous nous les vendre, ou nous les louer, voire nous les donner ; comme vous le savez, à cause de la guerre, nous n'avons pas beaucoup de moyens depuis deux ans.

- Euh… Je comprends. Mais c'est une décision que je dois prendre avec mes six collègues du Conseil fédéral. Aber il se trouve que tous, sauf un, sont aux sports d'hiver. Vous savez, il fait un temps magnifique sur nos pistes de ski. Et si ça vous tente, sachez que vous serez le bienvenu, à nos frais et si vous savez skier, dans la station de Gstaad, où nous avons pour les sept un grand manoir avec remontées mécaniques tout près.

- Hem… Je vous remercie, mais j'ai d'autres chats à fouetter en ce moment...

- Ah mais vous savez, les animaux domestiques sont bienvenus dans le manoir ; nous avons tout ce qu'il faut pour eux.

- Merci, mais non ! Et pour les avions ?

- Ah, je crois ça va être difficile. Ces flugmachinen sont au peuple et nous avons pas le droit de les vendre ou les donner sans son accord. Il faudrait organiser une élection, non, une votation pour cela. Donc ça serait long, trois ans minimum, ach !

- Je vois. Donc, pas de possibilité ?

- Hélas, j'ai bien la frousse que non… Mais attendez, j'ai à mon côté de moi monsieur Parmelin, il est mon collègue, il écoute avec le 2ème écouteur, et il veut vous parler.

- Monsieur Pamalin, vous avez dit ?

- Non. PARMELIN, Paul, Adolf, Ruedi, Mark, Emil, Ludwig, Iwan, Nestor.

- Ah ! Vous avez beaucoup de prénoms en Suisse…

- Non, c'était pour vous épeler, hi hi hi. Je vous le passe…

Verre de chasselas dans la main droite, Guy Parmelin saisit le téléphone avec la gauche. Mais comme il est droitier, il tente d'inverser ses prises. Ce faisant, il renverse son verre de blanc sur la jupe de la présidente. Fâché, il s'exclame à haute voix :

- Putain d'bordel de merde, mais quel con !

- I beg your pardon ?... (Google n'a pas traduit), demande le président.

- Excusez-moi, monsieur Skelenzy. Euh, j'ai peut-être une solution à votre problème, hips ! Je sais que l'Union soviétique a décidé de se séparer de ses vieux Sukhoï 27. Bon, ils datent de 1985, mais ils sont apparemment en bon état hips ! Si vous voulez, en tant qu'ancien chef du Département militaire fédéral, je pourrais intercéder en votre hips ! faveur auprès de Boris Eltsine. J'ai gardé de bons contacts avec lui, et hips ! il adore le chasselas, surtout celui que je produis dans mes vignes de Burships, de Bursins ! ha ha ha…

- ти ідіот, осел, хворий, божевільний !!! (Non traduit, car trop injurieux, mais en gros cela signifie "Espèce d'idiot, d'âne, de malade, de cinglé").

Et le président raccroche, ce qui met fin à la conversation. Dans le bureau de la présidente, Parmelin fulmine…

- De dieu de dieu, mais ça va l'chalet ou bien ? Hips ! Y m'a raccroché au nez, c'taguenet !

- Amherd alors ! Mais t'en fais pas Guytou, c'est pas grave. Reverse-toi un verre et sers m'en un. Les collègues ils nous attendent à Gstaad pour le week-end. On va se zahlen du bon temps. Et pis j'irai à Davos pour le WEF mardi, Zeskelny sera là et j'essaierai d'arranger les jerrycans avec lui…

- Les bidons, Violetta, les bidons, pas les jerrycans…

13 janvier 2024 __________________________________________________

Mon "coming-out" (mais pas celui que vous croyez)

Le 12 septembre dernier, rentrant d'un séjour en Pologne destiné à marquer le 80ème anniversaire d'Ania, l'héroïne de mon roman, sur mon autoradio je prends connaissance des résultats d'une enquête menée par l'université de Zürich concernant les abus sexuels de l'Eglise catholique (principalement sur des enfants) commis de 1950 à 2022. 1'001 cas sont ainsi répertoriés, tous à la connaissance du clergé, qui ne les a bien entendu jamais rendus publics. Cette nouvelle m'inspire deux sentiments : super que ces choses-là éclatent au grand jour, mais j'estime le nombre ridiculement bas. Une pointe d'un iceberg au moins dix ou vingt fois plus volumineux dans la réalité. Dès lors, des appels dans la presse sont lancés en direction de celles et ceux qui ont subi ce genre de persécution, de traumatisme impossible à oublier. En Suisse romande, le CECAR (Commission Ecoute-Conciliation-Arbitrage-Réparation), créé il y a cinq ans, se met à la disposition des abusé(e)s, en les encourageant à témoigner. Ce que, après une longue réflexion, j'ai consenti à faire, d'abord au moyen d'un courrier, il y a une vingtaine de jours. Puis, le 18 décembre, j'ai été reçu par deux personnes de la CECAR, une psychologue et un avocat, pour un entretien dans leurs locaux de Pully, et une écoute de leur part concernant mes attentes, à la suite de l'abus dont j'ai été victime, dans la sacristie de l'église catholique de mon village natal, Courchavon (JU), il y a maintenant 60 ans. Des abus commis non pas par le prêtre en charge de la paroisse (absolument correct), mais par le remplaçant qui assurait l'intérim durant ses vacances.

Donc, hier, durant une heure, je me suis livré oralement à ces révélations que j'avais, pour la seule et unique fois et par le même moyen, faites à mes parents il y a une vingtaine d'années. Exercice extrêmement pénible, car rien de ce que j'ai subi n'a été effacé de ma mémoire. L'écoute et l'aide (aux moments les plus pénibles) de mes interlocuteur(trice) a été remarquable. Mais même avec cela, au bout de 60 minutes, j'étais exténué, comme jamais je ne l'aurais imaginé. La tension, ravivée par l'effort douloureux de me replonger dans cette semaine de l'été 1963, où un curé abusait de la crédulité du gosse de 9 ans que j'étais, m'a donc fortement secoué. Mais je ne regrette rien. Parce qu'il fallait que je le fasse. Comme tous ceux et toutes celles qui ont subi ce traumatisme devraient le faire. La prescription de tels actes est une infamie très largement répandue dans le monde, elle est absolument injuste et la preuve que ceux qui n'ont jamais été touchés par ce phénomène ne peuvent estimer les ravages qu'il peut causer durant toute une vie. Pas de prescription au souvenir dans ce domaine ! Quant au droit canonique, censé se substituer au droit civil, nul ne peut être juge et partie dans quelque affaire que ce soit.

La suite à espérer pour ma part, et que j'ai demandée à la CECAR, consiste à rechercher l'auteur des faits et, le cas échéant, à tenter de savoir s'il était connu pour avoir agi de la sorte sur d'autres enfants. Mais hélas, mission hasardeuse ayant peu de chances d'aboutir, parce qu'aujourd'hui ce pervers doit être décédé, et ceux qui ont peut-être su le sont sans doute aussi...

20 décembre 2023 ________________________________________________

Verts de rage…

Les élections fédérales (1er et 2ème tour) ont rendu leur verdict. Chacun en tirera les enseignements selon sa propre sensibilité. En ce qui me concerne, c'est surtout la raclée que les Verts se sont prise dans les dents qui m'interpelle. Depuis mon retour en Suisse (2014), j'ai toujours voté pour eux. En 2019, ils devenaient la 4ème force politique (à égalité avec le Centre) en obtenant 28 sièges au Conseil national, derrière l'UDC (53) et le PS (39). Le 22 octobre 2023, leur perte s'est chiffrée à 5 sièges (et même 6 pour les Verts libéraux). La seconde partie de leur appellation m'horripilant, j'oublie ces derniers.

Pourquoi une telle raclée ? Chacun a sa propre idée sur le sujet. Personnellement, j'y vois principalement leur soutien inconditionnel à ces gougnafiers extrémistes qui, depuis de long mois, militent en se collant les pognes sur le bitume de nos routes et autoroutes. Une attitude totalement contreproductive aux yeux des automobilistes (et pas que), qui ne sont pas tous équipés de voiture à moteur à combustion. Cette gêne a atteint son apogée cet été, avec un bouchon de près de 20 kilomètres à l'entrée nord du tunnel du Gothard. Il est indéniable qu'une telle imbécilité a été sanctionnée dans les urnes cet automne.

Le 22 octobre dernier, je n'ai voté ni pour les Verts, ni pour qui que ce soit d'autre. Le PS, que j'ai toujours soutenu avant l'émergence des Verts, m'irrite au plus haut point. Un de ses leaders affirmait il y a peu : "Il faut électrifier au plus vite tout le parc automobile du pays !" Oubliée la trouille de l'an dernier, dispensée par un Conseil fédéral (de guignols), lequel annonçait une  pénurie possible dans ce domaine pour l'hiver 22-23. D'autre part, Alain Berset, conseiller fédéral depuis 2012 et démissionnaire à la fin de cette année, s'est mis en exergue par l'insignifiance de son bilan. En effet, au moment de son entrée en fonction à la tête du Département de l'Intérieur, il annonçait son principal combat : réduire (ou du moins limiter) les coûts de la santé et, surtout, de l'assurance maladie. 12 ans plus tard, et sous son règne, cette dernière a augmenté de 40 %. Le summum de l'incompétence (ou du j'm'en foutisme !)

A propos du Fribourgeois, un Vert s'est porté candidat à sa succession. Après l'élection du mois prochain, le gugusse devrait quitter la politique, ou fonder le parti PDU (Parti Des Utopistes), tant la baffe qu'il va se prendre va se révéler douloureuse…

Il est un autre sujet qui me fâche concernant les Verts : l'implantation des éoliennes dans ce foutu pays. Le parti est généralement réfractaire à tous les projets. Raison : ces hélices gâchent notre beau paysage. Laissez-moi rire. Là où elles seraient le plus efficaces en plaine, c'est dans la vallée du Rhône, constamment balayé par des vents plus ou moins forts. Si le Valais est sans doute l'un des plus beaux cantons de Suisse, c'est à ses sommets et ses vallées transversales qu'il le doit. Un jour que vous descendrez le col de la Forclaz, à la fin du trajet, jetez un œil sur le panorama qu'il offre sur la grande vallée de plaine : c'est moche, sans cesse brumeux, sans le moindre intérêt ! La présence d'éoliennes serait une solution pour agrémenter les paysages, surtout si l'on abandonne le blanc pour des couleurs plus chatoyantes. Bon, ayant été pilote d'avions à hélices, j'avoue que ce moyen de traction a toujours été celui que je préfère. Mais en Suisse, l'implantation de parcs éoliens est une calamité pour tous ceux qui veulent investir dans ce domaine. Pourtant, lorsque les glaciers auront fondu et que les barrages n'auront plus de flotte à envoyer dans leurs turbines, comment les remplacer ? Le solaire y parviendra en partie, mais les éoliennes deviendront indispensables. L'un de nos plus proches voisins l'a bien compris.

En matière de développement de l’éolien, l‘Autriche, qui est à peine deux fois plus grande que la Suisse, est bien loin devant nous : en 2022, le pays a implanté 90 éoliennes supplémentaires avec une puissance totale de 328 Mégawatts. 22 éoliennes ont été démantelées, ce qui porte la nouvelle puissance nette à 289 MW. Au total, 1374 éoliennes avec une puissance de 3586 MW étaient en fonctionnement sur son sol à la fin de l’année 2022. En 2023 également, le développement de l’énergie éolienne poursuit sa progression : la mise en service de 56 éoliennes avec une puissance totale de 257.6 MW sont prévues pour cette année. Fin 2023, 1429 éoliennes avec une puissance totale de 3842 MW produiront du courant renouvelable chez notre voisin.

En comparaison, chez nous six éoliennes, avec une puissance totale de 13.8 MW, devraient être raccordées au réseau électrique à la fin de cette année. En Suisse, 41 éoliennes (soit 33 fois moins qu'en Autriche), avec une puissance de 87 MW, produisent actuellement du courant renouvelable. En 2022, aucune hélice n’a été mise en service. Ridicule et totalement irresponsable ! Bon, j'entends déjà les objections : les éoliennes sont un danger pour les oiseaux. Ce n'est pas faux, mais par rapport à ceux qui chaque année sont tués par les millions de chats, leurs pertes sont ridiculement basses. Donc, avant de combattre les éoliennes, débarrassons-nous des félins domestiques. CQFD, de plus par un admirateur inconditionnel de tout ce qui vole grâce à des ailes recouvertes de plumes.

Pour terminer, j'aimerais revenir sur le moyen de propulsion des voitures : dans ce domaine,  l'avenir appartient à l'hydrogène, un moyen qui n'en est qu'à ses débuts et en plein développement. Dès 1989, dans ma profession, j'utilisais parfois une voiture entièrement électrique (Citroën). Sa puissance était ridiculement basse et son autonomie ne dépassait pas 100 kilomètres. 34 ans plus tard, si la puissance a fortement augmenté, l'autonomie moyenne peine à atteindre 400 km. Aux Etats-Unis, un constructeur a mis au point un modèle (sportif) développant 2'000 chevaux et ayant une autonomie de 1'000 miles (1'600 km). La voiture ne pèse que 1'200 kg et elle n'est pas électrique, mais propulsée par hydrogène. L'avenir de l'automobile se trouve là et nulle part ailleurs, avec des modèles plus petits et à moindres performances. Mais, avec ces put…. de lobbys pétroliers, qui se foutent du réchauffement climatique comme de leur première pompe à essence, on n'est pas près d'en voir par milliers, puis par millions sur nos routes.

14 novembre 2023 ______________________________________________

Eté 63...

Soixante ans déjà,

Et la douleur est toujours là.

Elle ne faiblit pas !

Souvenir présent,

Indélébile au fil des ans.

Amer et pesant.

 

Cureton tout-puissant,

Virant obscène en abusant

D'un gosse de neuf ans.

Tenter de fuir ça,

Fut un dur et très long combat,

Mais sans résultat.

 

L'abuseur est mort,

Sans doute sans le moindre remord ;

Moi, je vis encore.

Dans mon corps usé,

Bat un cœur jamais apaisé,

Epuisé, brisé.

 

Résigné j'attends

Que se présente enfin l'instant

D'oublier ce temps,

De fuir pour toujours

Ce souvenir beaucoup trop lourd

D'un si triste jour.

15 août 2023 _________________________________________________________

Chassé-croisé : bienvenue chez les tarés !

31 juillet et 1er août (de l'an de m... 20XX). Les vacanciers se croisent. Ceux du sud font la gueule et remontent, ceux du nord sourient (pas pour longtemps) en descendant. Juilletiens et aoûtistes (ou le contraire) ont décidé de passer la journée sur les routes. Ainsi, ce ne sont pas moins de 1'000 bornes de bouchons cumulés qu'ils vont devoir affronter. L'équivalent d'une file ininterrompue de voitures allant de Paris à Marseille. Bande de tarés ! Cinglés d'automobilistes, système débile d'autoroutes à péages. Certains vont mettre 3 heures et demie pour parcourir les 150 kilomètres séparant Montélimar d'Aix-en-Provence (moyenne : 42 km/h). Bienvenue chez les éclopés graves de la raison ! L'homme moderne s'accommode de tout. Il fait la queue partout. Il accepte de passer une journée entière dans la fournaise et le trafic, au volant de sa caisse de 200 bourrins, qui le bahute à la vitesse d'un âne au galop. Celui qui a enfin souscrit à l'abonnement "télépéage" se rend compte qu'il s'est fait entuber bien profond, car ce dernier ne lui rendra service que dans les 500 derniers mètres d'une queue (sur trois voies) de 12 kilomètres précédant les fameuses barrières à fric. Ahurissant ! Et le péquin lambda est là, philosophe (à 2 balles !) répondant au journaliste dépéché sur place, et souriant (jaune) à la caméra qui le filme dans l'expression de sa monumentale connerie :

- Oh, c'est pas grave, quinze jours d’soleil et d’plage valent bien une journée d’galère sur les routes, pas vrai ?

Ce qu'il ne dit pas, c'est que sur les plages, va falloir s'y faufiler. Trouver un passage dans ce troupeau avachi, cette viande étalée et débordant des maillots, huilée comme la sardine rance et cuisant lentement sous le soleil, trouver une brèche entre ces parasols et ces matelas crades, dans cette promiscuité où les gens s'insultent pour un rien. Et pis faudra pas avoir peur de se tremper dans cette mer brunâtre, ce bouillon d'inculture pollué par des milliers de mioches qui pissent, des centaines de vieux qui crachent, et des millions de poissons qui baisent dedans sans capote (hein Renaud !). Et la plage, c'est une chose, mais y'a le reste : les excursions. Le littoral-sud, en été, c'est infernal. Deux heures pour relier Cannes à Nice, une demi-journée pour aller de Sainte-Maxime à Saint-Tropez. Parce que non, ma bonne dame, le Parigo ne s'est pas coltiné une journée d'bagnole pour venir jusqu'ici et zapper Saint-Trope !

Et le soir, parlons-en du soir : même topo, les parkings affichent complets, les restos sont bourrés (comme le client qui en ressort), les terrasses débordent, la bouffe est dègue et le service comprend un "r" inutile. Le touriste, après avoir patienté pendant 40 minutes pour qu'une table se libère, après avoir bouffé sa pizza-caoutchouc, parsemée de mozzarella et origan synthétiques, qu'il a payée 20 euros, ressortira du bazar avec un sourire niais à la face. Sourire qui virera immédiatement à la grimace lorsqu'il aura constaté, ulcéré, qu'une petite frappe a forcé une portière de son Audi (d’occase et à 300'000 bornes au compteur), et que ce fils de pute s'est fait la malle avec le matériel photo/vidéo, acheté à crédit chez Darty, et laissé sans garde du corps sur le siège arrière de la grosse teutonne noire aux 4 anneaux.

Et après le retour at home, reprenant l'turbin, y va débarquer au bureau, où tous ses collègues vont niaisement lui demander :

- Alors, ces vacances, c'était comment ?

- Génial ! Vivement l'été prochain…

5 août 2023 _____________________________________________________

Où vais-je, où cours-je, dans quel état j'erre ?

​Tempétueux, le vent du soir s'engouffre dans mon appartement surchauffé. La météo est à l'orage. Mais il ne tombera pas la moindre goutte. En face de mon clavier, de l'écran de mon ordi, d'une photo de mes filles et de deux posters de vieilles voitures, je cherche l'inspiration. J'ai tant écrit, au fil de ma vie, que je sais pertinemment qu'il me faudra du temps pour trouver le point de départ de ce que vous êtes en train de lire. Devant ma fenêtre, les rideaux sont à l'horizontale. Presque noire, la nuit s'avance à ma rencontre. Propice à m'interroger. Car le bilan est fait, les constatations sont établies : ma vie, après 25'290 levers de soleil, est au point mort. Pourtant je vis encore...

Mais pour qui, mais pourquoi ? Cet effarant début de 21ème siècle m'a vu dans un perpétuel questionnement. Les augures s'avèrent tout sauf rassurants. A mon éco-anxiété désormais bien établie, s'est ajoutée la peur de cette guerre en Europe, dont personne ne peut prévoir comment elle va se terminer. Et puis ce fléau que va bientôt représenter l'Intelligence Artificielle qui, dans certains domaines, va semer le doute, la méfiance, la panique partout dans le monde. Ces trois prochains quarts de siècle verront les migrations déferler sur l'Europe, ce continent colonisateur qui n'a rien fait (et que ne fait toujours rien) pour aider celles et ceux qui crèvent de faim dans les pays, principalement africains, victimes de leurs misérables conquêtes.

Mon grand-père Joseph, que j'ai aimé bien plus que celui de ses fils qui m'a donné le jour, est mort à l'âge de 65 ans. J'ai aujourd'hui quatre ans de plus que lui. J'ai vécu quelques grandes et belles satisfactions tout au long de ma vie. Mes plus grandes déceptions se résument toutes dans ma relation avec celles qui ont partagé mes histoires d'amour. Elles sont au nombre de cinq et, au total, représentent quinze années de ma vie. D'elles, je n'ai pas retenu grand-chose, si ce n'est deux filles qui demeurent toujours mes plus belles (co)réussites. Les regrets concernant les autres, et spécialement deux d'entre-elles, ont duré bien plus longtemps que le temps passé à leur côté.

Prendre une femme dans mes bras est un rêve qui m'a bercé dès le début de mon adolescence. Concrétisé à de nombreuses reprises, mais aujourd'hui envolé.  Et ça ne me manque pas. Sauf parfois le soir, dans mon lit, au moment de m'endormir. Ma solitude est devenue une habitude, et mes rêves de conquête, jadis tous axés sur la gent féminine, ont fondu comme neige au soleil. Mes seuls réels moments de bonheur sont ceux que je vis auprès de mes enfants, quelques heures (toujours trop courtes) par mois. Sans oublier les quelques balades que j'effectue parfois (trop rarement) en compagnie de ma petite-fille adorée.

 

Il y a deux décennies, au sein d'un service aéronautique au sein duquel je travaillais, nous étions trois à nous prénommer Christian. Cet alors que j'ai demandé à mes collèges de m'appeler Curtis. Une opportunité très bien tombée, puisque depuis mon adolescence j'ai toujours détesté ce prénom, synonyme de Chrétien en anglais. Le christianisme, et plus précisément le catholicisme, fut responsable du plus grand traumatisme subi au cours de mon enfance. Plus encore que la violence de mon géniteur, et la douloureuse complicité de sa femme. 

Si la photographie demeure ma plus grande passion, le cinéma a longtemps été son égal. Mais lorsque je vois vers quoi il évolue, je crains de ne plus ardemment fréquenter les salles très longtemps. La grève quasi générale, mise en place à Hollywood il y a quelques jours, est un avant-goût de ce que sera sa très proche déchéance : la disparition des acteurs et actrices est inéluctable. La faute, une de plus, à cette IA imbécile, programmée pour créer, dans ce domaine, du faux avec du vrai, au point que toute différence entre les deux deviendra très vite indétectable. Alors, payer 15-20 balles pour aller voir des actrices de synthèse digitale sur grand écran, merci, très peu pour moi. A la limite, les acteurs je m'en fous, mais pas toi, Jessica Chastain, pas toi Nina Hoss, ni toi Noémie Merlant.

Depuis 22 ans, j'ai passé trop de temps à attendre des jours meilleurs. Ils ne viendront pas, ils ne viendront plus. Mon destin demeure planté devant un feu rouge, à un carrefour sans la moindre visibilité tout autour. Et l'ampoule derrière le verre vert est cramée. Alors, que faire ? Passer quand-même ou effectuer un 180 degrés ? La seconde solution est impossible, car nul ne peut hélas retourner dans son passé. Quant à la première, je peux la tenter. Mais où m'emmènera-t-elle ? Pas très loin, peut-être sous ce potentiel poids-lourd de 40 tonnes, surgissant forcément de ma droite (parce que j'ai toujours été de gauche), à toute allure et qui me réduira en chair à saucisse avant même que j'aie le temps de dire merde ! Donc, "wait and see ? Ça n'est pas, mais alors pas du tout, dans mon tempérament de bélier impatient (pléonasme !) Donc, il faut bien que j'évoque cette troisième solution, celle que je tais, celle que je cache depuis quelque temps déjà, celle de l'ultime recours : ouvrir la boîte à gant de ma caisse, y puiser ce tube de comprimés retiré en pharmacie il y a une vingtaine de minutes, l'ouvrir et ingurgiter les 60 comprimés qu'elle contient. Ça devrait largement suffire. Ah, mais merde alors ! La bouteille d'eau que j'ai toujours à bord est vide ! Et pis, de toute façon, chui bien trop trouillard pour accomplir ce geste, pourtant commode, décisif et définitivement libérateur…

 

So what ? J'ai trop de respect et de compassion pour celles et ceux qui, sous la forme d'une maladie très grave, souffrent atrocement, pour souhaiter qu'une d'entre-elles s'attaque à ma vieille carcasse. Non, que le diable m'en préserve ! Au-dessus de mon lit, un petit cadre y a sa place depuis 22 ans, et ceci dans tous les appartements que j'ai habités, dès la séparation d'avec mes filles. Chaque soir, avant de m'endormir, en croisant les doigts je leur parle, leur souhaite la réussite, la joie, le courage, le bonheur, et que la vie les comble et prenne bien soin d'elles. Ainsi, au cours de la nuit, s'il prenait l'envie à mon cœur fatigué de poser les plaques, elles auront été, dans leur cadre, ma dernière vision concrète et réconfortante…

19 juillet 2023 ___________________________________________________

C'était mieux avant ! (?)

Affirmation très à la mode, que les vieux et les vieilles reprennent par milliers (en Suisse) et par millions dans le monde. Je suis vieux et je me pose la question : "était-ce mieux avant ?" La réponse n'est pas forcément oui. Au contraire, même. Ceux qui répondent par l'affirmative ont, semble-t-il, des bases solides pour l'affirmer. Ce n'est pas mon cas. Parce que si je divise ma vie en quatre parts, plus ou moins égales, force m'est de constater que très peu de choses ont contribué à ce que je regrette vraiment le passé.

1. de 1954 à 1974 : Enfance et adolescence calamiteuses, avec la majorité des maladies infantiles m'ayant atteint, dont la polio, la scarlatine, la jaunisse, une péritonite dans laquelle j'ai frôlé de très près la mort. Education merdique d'un père violent et d'une mère complice. Abus sexuel caractérisé d'un cureton de province, plus intéressé par le contenu du slip d'un gosse de neuf ans, que par le bien-être de son âme.

2. de 1974 à 1990 : Errance dans un monde en lequel je ne trouvais pas ma place, conséquence des lignes précédentes. Timidité maladive, expression par la seule écriture.

3. de 1990 à 2001 : Fondation d'une famille, vie en compagnie de mes deux filles. Résultat, un bonheur total ou presque (fin dramatique de cette période, divorce, séparation d'avec mes enfants).

4. de 2001 à 2019 : Nouvelle errance, favorisée par le manque cruel de ma progéniture. Recherche laborieuse d'une compensation. Trouvée en 2009 dans la recherche historique, la rédaction, l'édition et la publication d'un livre racontant (comment aurait-il pu en être autrement ?) l'histoire d'une petite fille traumatisée à vie par les horreurs d'une guerre du 20ème siècle.

La suite, dans laquelle je suis plongé, n'est qu'amas de supputations. Forcément pessimistes par la réalité d'un monde en presque totale décomposition, par une dégradation inéluctable des conditions de vie, par le réchauffement et le dérèglement climatique, par la disparition dramatique de la biodiversité et des forêts tropicales, par l'extinction de centaines, voire des milliers d'espèces animales, par ces milliards de déchets plastiques sur et dans les mers et océans, par la fonte des glaciers, par les hivers pourris et sans neige en montagne, par les étés caniculaires, constellés d'inondations et de feux de forêts, qui seront devenus la règle avant que je ne disparaisse. Et le pire : la déchéance de l'humanité elle-même, unique responsable de tous ces maux énumérés ici, niquée par la bêtise, l'égoïsme, l'intolérance, la haine de l'autre, les inégalités sociales, par les politiciens toujours plus débiles, par la télé-poubelle (juste destinée à faire fondre le Q.I. des masses populaires qui en redemandent), par cette ribambelle d'influenceurs -euses imbéciles du web et tous leurs abrutis de followers, incapables de se forger un avis par eux -elles mêmes, par les guerres (à 95 % religieuses).

L'avenir, c'est aussi cette certitude des scientifiques : le continent africain est celui qui va souffrir le plus rapidement et le plus douloureusement du dérèglement climatique. Résultat, les peuples vont fuir leurs pays et migrer en direction du nord. Et qu'y a-t-il là où ils vont se précipiter ? L'Europe ! Laquelle ne pourra pas faire face à une migration 1'000 fois supérieure à celle qui a cours aujourd'hui. Construire des murs autour de toutes leurs frontières sera bien-sûr impossible, alors les briques seront remplacées par des mitrailleuses. Les racines de l'apocalypse sont en train de se développer à la vitesse grand V et, sauf miracle improbable, nous n'y échapperons pas.

Alors, n'était-ce pas mieux avant ? Je ne sais pas, car je peine à placer cet "avant" ! Ce que je sais, c'est que le pire est à venir, et qu'il viendra. Mais je ne tiens pas du tout à le voir, à le vivre, pour autant qu'il me reste un semblant de souffle, bruyamment expulsé de mes poumons fatigués, sarcoïdosés, et par cet amas déraisonnable de calcium circulant actuellement dans mon sang. Résigné, j'attends la fin. La grande faucheuse ne me fait pas peur, elle peut frapper à ma porte quand il lui plaira. En regard aussi de cette éco-anxiété qui me consume à petit feu, elle représentera une délivrance.

Parce que je sais que ce que j'ai de plus angoissant et douloureux à envisager, se résume au destin d'un petit bout de chou de trois mois et demi, ma petite-fille qui, théoriquement, est susceptible de voir les premières années du prochain siècle, puisqu'elle aura 78 ans en 2100. Hélas, au train où se dégradent les choses, je crains fort que, comme celles et ceux qui sont né(e)s dans la même période, et celles qui suivront, elle n'ait que peu d'espoir d'y parvenir. Fasse que le destin la préserve en me donnant tort dans ces funestes augures. Ce serait là la plus grande erreur révélée au cours d'une mort dans laquelle, heureusement et comme je le sais déjà, rien ne se passe pour personne.

29 mars 2023 ___________________________________________________

L'intolérance, nonante ans après.

Le 30 janvier 1933, dans une Europe en pleine crise, Adolf Hitler s'emparait du pouvoir en Allemagne. Pour un voyage dans l'horreur de douze longues années ayant entraîné la mort de 60'000'000 d'enfants, de femmes et d'hommes. Son règne fut celui de la barbarie, de l'intolérance et du racisme.

Où en sommes-nous aujourd'hui, qu'avons-nous appris et surtout retenu de ces misérables valeurs ayant mené à l'un des plus grands désastres dans l'histoire de l'humanité ? Peu de choses, à mon avis. La crise est là, générale, la guerre sévit en Europe, le climat est favorable à la haine de l'autre, à la propagation du "chacun pour soi, et moi le premier"...

L'humain a la mémoire courte. Il ne retient rien de son passé. Ses erreurs, il les répète inlassablement. Egoïste dans son bonheur, il trouve normal que le monde entier partage son malheur. Les guerres mondiales ne sont certainement pas finies. Il y  en faudra d'autres pour que cette incorrigible créature fasse un pas dans la compréhension, plusieurs dans l'humilité, des centaines dans l'altruisme, et des milliers dans la tolérance...

30 janvier 2023 __________________________________________________

Tous mes sites Internet

2023 marque ma 24ème année de présence sans interruption sur le Net : treize sites créés personnellement sur des thèmes très variés, à l'exception du premier, uploadé en octobre 2000 à 56 Ko/sec, ce qui a nécessité un après-midi presque tout entier. A part les deux derniers, hébergés par Blogspot puis Wix, tous l'ont été chez Infomaniak, à Genève, débutant en 2000, et aujourd'hui numéro 1 en Suisse dans ce domaine. Les voici tous répertoriés ici.

21  janvier 2023 ______________________________________________________

 

1. "Avions de Légende".

Répertoire de tous les avions de chasse de la seconde Guerre mondiale encore en état de vol en Europe. Sept années d'un travail de rédaction, mené principalement en Angleterre, France, Allemagne et Suisse. Auquel il faut ajouter plus de 120 meetings aériens vus entre 1993 et 2007, année d'abandon de la mise à jour du site. Agrémenté de plusieurs centaines de photos (personnelles à 90 %), au moment de sa conception, il était destiné à devenir un livre. J'ai dû y renoncer pour deux raisons : recherche vaine d'éditeur, obsolescence du sujet après cinq ans, l'évolution du parc de machines étant assez rapide dans ce domaine. Heureusement, avec l'émergence du Net, j'ai trouvé là le support idéal. En ligne de 2000 à 2010.

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2. "La Couleur Des Jours" (LCDJ).

Premier blog personnel, alors destiné à évoquer (entre autres) la douleur d'un père séparé de ses filles depuis un an. En ligne de 2002 à 2007.

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3. "Picplane".

Temporaire et consacré à la photographie d'avions. En ligne de septembre 2005 à janvier 2006.

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4. "Le Ciel De Jonathan (LCDJ2).

Temporaire également, et sur le thème photographique (grande passion de ma vie depuis plus de 40 ans) des oiseaux. En ligne de janvier à avril 2008.

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5. "Andrej BILUROV". Temporaire toujours. Un nom qui est l'anagramme de BOURVIL, mon acteur préféré. Galerie de courts portraits de personnalités qui me touchaient en plein cœur. En ligne en 2007 et 2008.

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6. "CinéBlog".

Le cinéma, autre grande passion de ma vie, avec critiques (uniquement positives) de films, et constellé de portraits de celles et ceux qui y travaillent. Le site demeuré le plus longtemps en ligne (11 ans), de janvier 2007 à décembre 2017.

7. RAS (Retour Aux Sources).

Nostalgie du temps passé, consécutif également au plus grand déchirement de ma vie. Consacré au texte, aussi bien qu'à la photographie. En ligne de 2008 à 2013.

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7. RAS - Retour Aux Sources. Hébergé sur charlie-barvo.net. Nostalgie du temps passé, consécutif également au plus grand déchirement de ma vie. Consacré au texte, aussi bien qu'à la photographie. En ligne de 2008 à 2013. (Charlie-Bravo sont mes initiales converties  en langage aéronautique. 

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8. "N'oublions jamais".

Le site le plus dur à rédiger. Les atrocités nazies des SS et de leurs alliés, entre 1933 et 1945. Rédaction entamée après avoir visité, entre 2009 et 2011, tous les camps d'extermination sur le sol polonais (6), ainsi que plusieurs camps de concentration en Allemagne, Pologne, Autriche, et République Tchèque (8). Que d'émotions accumulées en rapportant la barbarie d'une idéologie humaine toujours incompréhensible aujourd'hui pour moi. En ligne de 2011 à 2017

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9. "Rêves de vol".

Répertoire de tous mes textes rédigés sur le thème de l'aviation et des choses de l'air. En ligne de 2012 à 2014.

10. "Le Lagon Bleu".

Blog sur des thèmes divers et variés. En ligne de 2013 à 2015.

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10. "Le Lagon Bleu".

Blog sur des thèmes divers et variés. En ligne de 2013 à 2015.

11. "Le Roman d'Ania".

Making of de mon premier roman "Ania – Une enfance brisée". L'épopée de quatre années de recherches concernant le tragique destin (quasiment inconnu) d'une petite fille polonaise de six ans, arrachée en 1943 à ses parents par les nazis, et destinée à être germanisée. Reflet de l'une des étapes les plus importantes de ma vie, avec la naissance de mes filles, bien entendu… Inachevé et en ligne de 2014 à 2018. Aujourd'hui une version réduite figure sur mon blog actuel (voir plus bas).

11. "Le Roman d'Ania".

Making of de mon premier roman "Ania – Une enfance brisée". L'épopée de quatre années de recherches concernant le tragique destin (quasiment inconnu) d'une petite fille polonaise de six ans, arrachée en 1943 à ses parents par les nazis, et destinée à être germanisée. Reflet de l'une des étapes les plus importantes de ma vie, avec la naissance de mes filles, bien entendu… Inachevé et en ligne de 2014 à 2018. Aujourd'hui une version réduite figure sur mon blog actuel (voir plus bas).

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12. "Le Bleu Lagon".

Récit du plus beau voyage de ma vie, 26 jours en Polynésie française, à Tahiti, dans ses îles parisiaques, et sur ses terres plus sauvages des Îles Marquises. Créé en mai 2015 et toujours en ligne sur http://bleu-lagon.blogspot.com/  

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13. "CurtisBoom". Blog actuel, avec un sous-titre variant au gré de mes humeurs. Créé en 2019 et consultable sous www.curtisboom.com. (Curtis Boom est l'un des divers pseudonymes utilisés sur le net, principalement sur les réseaux sociaux, et dans mes adresses mail.)

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Attention, la polio semble de retour…

La poliomyélite est causée par un poliovirus, qui entre dans le corps par les cellules de l’intestin et s’attaque au système nerveux. Elle est très contagieuse. Elle se transmet par les selles ou les sécrétions venant du nez et de la gorge d’une personne infectée, ou par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés. Les enfants de moins de 5 ans sont les plus à risque, mais la polio peut s’attraper à tout âge, et il n’existe aucun traitement. Depuis 2018, alors qu'elle était éradiquée à 99%, elle a fait son retour dans une quarantaine de pays. Si la Suisse n'est pas encore touchée, rien n'indique qu'elle est à l'abri. Il convient donc de vacciner les enfants et, si la maladie réapparait chez nous, les adultes devraient aussi le faire. Celle que l'on nommait jadis la "Paralysie infantile", fut un véritable fléau (surtout dans les pays du tiers-monde) avant la mise au point d'un vaccin par l'Américain Jonas Salk en 1952. Trois ans plus tard, le produit est déclaré efficace par l'OMS. Mais la vaccination systématique devra encore attendre trois ou quatre ans.

En septembre 1957, alors que je suis âgé de trois ans et non vacciné, le médecin de ma famille diagnostique ma positivité à cette terrible maladie. Je suis hospitalisé durant une semaine ou dix jours, puis rentre chez moi sans séquelles visibles. Neuf ans plus tard, la croissance de ma jambe droite connait un problème, et l'orthopédiste biennois Hans Balmer (une sommité dans ce domaine), me fait hospitaliser pour l'implantation d'une "arthrodèse sous-astragalienne"*. Dès lors et jusqu'à l'âge adulte et la fin de ma croissance, je peux marcher et courir normalement. Très visible, mon mollet droit a un pourtour inférieur de 13 centimètres par rapport au gauche, et la jambe se révèle plus courte de 2 cm ; une compensation interne de la chaussure est nécessaire. Les années passent et je vis sans problème, étant apte à pratiquer n'importe quel sport. Par-contre, la faiblesse de ma jambe atteinte fait que, en position debout, l'essentiel de mon poids (puis surpoids) est concentré sur l'autre. Le résultat se matérialise par une arthrose importante dans l'articulation du genou, détectée en 2008, laquelle nécessite l'implantation d'une prothèse. Opération effectuée en 2012. J'ai alors 58 ans. Censé tenir entre 15 et 20 ans, ce truc montre des signes de fatigue après 10 ans. Une radiographie indique que la rotule s'est inclinée et touche la partie basse de la prothèse. Nouvelle opération, en octobre dernier. Rééducation, cannes pour marcher, puis abandon de celles-ci. Le genou va bien, et la douleur diminue normalement. Mais, parce qu'il y a un mais, depuis l'abandon des béquilles, des douleurs lombaires sont très vite apparues. Résultat, impossible aujourd'hui de marcher plus d'un kilomètre sans m'asseoir et faire une pause de 5-10 minutes.

Tout ça pour dire que, et je l'ai constaté sur tout ce que j'ai lu et appris sur cette terrible pathologie, une guérison juvénile après avoir contracté la maladie ne signifie pas que le sujet soit tiré d'affaire pour le reste de sa vie. Dès que l'âge arrive, de nombreuses personnes voient apparaître des séquelles tardives, parfois très graves. Un exemple : en 2014, après avoir pris ma retraite anticipée, je m'installe à Reconvilier, dans le Jura bernois. Un jour, ma voisine du dessous, interpellée par mon nom de famille, me demande si je suis parent avec une certaine famille homonyme ayant, dans les années 60 et comme elle à l'époque, vécu à Pontenet, village distant de trois kilomètres. Etant le fils aîné, je réponds par l'affirmative. Incroyable coïncidence, 50 ans après avoir quitté ce domicile. Cette dame est très handicapée. Elle ne peut marcher qu'en s'inclinant fortement en avant (à mes yeux plus de 45 degrés). La position debout en se tenant droite lui est impossible, la douleur étant insupportable. Elle me raconte son histoire : elle a contracté la polio en 1956 (un an avant moi), alors qu'elle était âgée de 12 ans. Elle demeura entièrement paralysée pendant plus de deux ans. Après quoi, une très longue rééducation a été mise en œuvre. Si bien qu'à l'âge adulte, elle remarche parfaitement, peut pratiquer du sport, ce qu'elle fait intensivement durant de nombreuses années. Puis, à partir de 50 ans, des douleurs dorsales apparaissent, sans qu'elle n'ait été victime d'un accident ou autre. Pour les spécialistes, aucun doute possible : séquelles tardives de la polio. Pauvre dame. À 60 ans, elle vivait l'enfer. Je pense souvent à elle et me dit (lorsque mes douleurs sont plus intenses) que c'est peut-être ce qui m'attend. Parce que tous mes problèmes osseux (dont une double hernie discale, apparue un an après l'implantation de la prothèse) sont consécutifs à cette jambe atrophiée et d'une grande faiblesse. Des examens récents ont montré que le bas du côté gauche de mon bassin se situe 33 millimètres plus haut que le droit. Si des deux fémurs sont quasiment de même longueur, mon tibia droit est 2 cm plus court que l'autre. La compensation dans ma chaussure (talonnette) n'a jamais excédé 15 mm.

Voilà pourquoi, il est important de protéger les enfants (par un vaccin DTP courant). Mais les adultes aussi, même si la maladie est nettement moins fréquente chez eux. Pour avoir contracté ce virus, le corps médical m'a toujours affirmé que je serais immunisé à vie. Erreur de leur part, tardivement révélée. Personnellement, je l'ai appris de ma médecin traitante en septembre 2022. Elle m'a vivement conseillé de me faire vacciner, ce que j'ai immédiatement fait, et ceci donc pour la 1ère fois de ma vie. Pour la petite histoire, à l'époque, des douleurs dans la nuque ont été révélatrices de ma contamination. Et il se trouve que ma sœur aînée (âgée de 4 ans), m'ayant très peu de temps avant cela malencontreusement fait chuter d'une table, a cru très longtemps qu'elle était responsable de la maladie…

* Technique utilisée pour combler une importante destruction articulaire de la cheville. Elle est toujours en place à ce jour.

18  janvier 2023_______________________________________________________

"Le cheval, plus noble conquête de l'homme" *

L'autre soir (de fin 2022) a eu lieu la cérémonie de remise des Mérites sportifs suisses de l'année. Retransmission en direct dans la boîte à inepties, chaîne RTS (Rien de Très Subtil) 2. Totalement indifférent à cette séance d'autosatisfaction nationale longue de trois heures, à part quelques zappings, je n'ai évidemment pas suivi cette production de la SRF, entièrement menée dans la langue d'outre barrière de röstis. Mais le lendemain, par curiosité, j'ai pris connaissance des résultats. Sachant déjà (et à raison) que le foot, le ski, l'athlétisme et le VTT allaient être plébiscités, un seul sport m'intéressait, l'hippisme. Résultat : le néant total ! Les sombres gougnafiers proposant au vote leur propres choix initiaux, ont totalement ignoré ce sport. Rien à glander d'une équipe nationale de saut d'obstacles championne d'Europe, d'un Martin Fuchs au sommet de son art, médaille d'argent en individuel lors de la même compétition, et 1er puis 2ème au classement mondial durant toute l'année. Rien de rien pour eux, ni un accessit, ni même la moindre nomination. Un sport qui, même s'il n'est pas aussi populaire que ceux dans lesquels évoluent les traditionnels lauréats, mérite pourtant qu'on s'y intéresse, cavaliers et cavalières du pays figurant depuis longtemps parmi les meilleur(e)s du monde. La Suisse est même la nation la moins peuplée figurant parmi les sept meilleures équipes européennes, en compagnie de l'Allemagne, la Belgique, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède.

De plus, l'hippisme (et en particulier le saut d'obstacle) est une discipline pas évidente, la seule à ne pas dépendre que d'un seul "animal" pour ce qui est du résultat. En saut donc, si le cheval fournit l'effort pour franchir l'obstacle, le ou la cavalier-ère a une tâche complexe à accomplir : amener sa monture à l'endroit très précis où elle possèdera le plus de chances de passer l'obstacle, sans faire tomber la moindre barre, est une science que l'on n'acquiert pas en deux coups de cuiller à pot. Et puis, sur un parcours par exemple de 15 efforts, compter (et se souvenir) des foulées de l'animal nécessaires pour arriver pile devant chaque obstacle, demande une bonne mémoire. Suivant le plus possible mes deux cavalières de filles, leur reconnaissance des parcours (à grands pas entre chaque obstacle afin de déterminer le nombre mètres, et donc de foulées séparant un vertical d'un oxer, une rivière d'un mur, m'épate toujours. Moi qui ai déjà de la peine à déterminer quel obstacle succède au précédent, je demeure toujours très admiratif de leur mémoire dans ce double exercice. Et c'est là une qualité essentielle à chaque personne pratiquant ce sport.

Avant qu'elles commencent à monter (dès 4-5 ans), et plus tard en fassent leur profession, je connaissais très mal les chevaux. Mais je les aimais bien, et ils ne m'ont jamais fait peur. Peut-être parce que lorsque j'avais 7 et 8 ans, l'un des paysans du village que j'habitais alors, attelait encore un cheval à son char. Et que ce soit pour engranger du foin, des betteraves ou des patates, il utilisait cet unique moyen de transport. Comme je trainais souvent autour de sa ferme, il me demanda un jour si je voulais monter sur l'équidé, afin d'aller charger du foin à quelques centaines de mètres de là. Je répondis oui et me voilà à cheval, d'abord pas très rassuré mais, agrippé des deux mains à sa crinière, je pris assez rapidement de l'assurance. Ça me plaisait beaucoup, et j'ai souvent eu l'occasion de renouveler l'expérience. Puis, ayant déménagé, l'exercice a tourné court. Jusqu'en 1979, lorsque j'ai découvert les Etats-Unis. En Floride, parmi le groupe de collègues effectuant le voyage, l'un d'eux pratiquait l'équitation au cours de ses loisirs. De passage dans un ranch afin d'assister à un rodéo, il nous proposa de faire une balade à cheval. Aussitôt dit, aussitôt fait. Au pas et au trot, assis sur une selle américaine de randonnée, je me sentais assez bien. Mais lorsque la bête se mit au galop, ce fut bien moins évident pour moi (et pour quelques autres collègues aussi). Là, je ne me sentais plus du tout à l'aise. Si bien que je n'ai pas renouvelé l'expérience, si ce n'est une fois en compagnie de la mère de mes filles, elle aussi cavalière. Nouvel essai pas concluant du tout. Je ne l'ai plus jamais renouvelé.

Aujourd'hui, je me contente de suivre mes filles dans leurs concours. Et il m'arrive régulièrement de tenir l'une de leur monture au licol lorsque la cavalière la harnache pour une épreuve. Aux boxes, j'aime beaucoup leur gratter diverses parties de leur anatomie qu'ils sont dans l'incapacité d'atteindre, notamment tout ce qui concerne sa tête. Je me souviens particulièrement de "Lady Fee", une jument montée il y a quelques temps par ma fille cadette, qui adorait cette "thérapie". Lorsqu'elle me voyait m'approcher de son boxe, elle tendait la tête à travers l'ouverture destinée à remplir sa mangeoire, pour que je la gratte entre le dessous de sa mâchoire inférieure (auge) et sa gorge. Je la vois encore demeurer immobile, parfois durant plus d'une minute, appréciant visiblement cet exercice. Un cheval nommé Geronimo l'aimait beaucoup lui aussi. Je trouvais ça très émouvant et, peut-être en rapport avec cette sensibilité des équidés (trop longtemps ignorée) qui fait que l'on s'en serve parfois pour visiter des malades dans certains hôpitaux. A ce sujet je me souviens du reportage d'une chaîne TV française, consacré à ce phénomène extrêmement troublant où un cheval choisissait lui-même le malade (souvent atteint d'une pathologie grave) qu'il désirait voir en premier. Incroyable, et terriblement émouvant. Régnant sans véritable partage sur le monde animal, l'humain aurait beaucoup à apprendre de ce peuple trop simplement domestiqué. Je suis intimement persuadé qu'il aurait énormément à apprendre de lui…

* Citation de Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, naturaliste français du 18ème siècle.

NB : Si mes filles lisent ce texte, qu'elles me pardonnent les possibles erreurs qu'il pourrait contenir.

16  janvier 2023 _______________________________________________________

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"Forever Grace" (jument hollandaise de 9 ans) et "Qybo" (hongre belge de 11 ans), deux anciennes montures de concours de mes filles - Yverdon-les-Bains, 27 septembre 2019.

Constance - Imperia - Maureen

A l’entrée du port de Constance, sur le lac du même nom, trône une statue assez étrange : une femme, haute de dix mètres, sexy, pulpeuse, et dont le décolleté vertigineux plonge sur la poitrine de tous les superlatifs, un bon 90, bonnet D, voir E. Le sculpteur allemand Peter Lenk en est l’auteur, et "Imperia" (c’est le nom de la dame) a été érigée là en 1993. Le socle de la belle est mobile et fait un tour sur lui-même en 180 secondes ; ainsi, cette sculpturale péripatéticienne dévoile son corps de rêve sur 360 degrés, et même les plus puritains ne peuvent échapper à la divulgation de ses atouts les plus accrocheurs. Encore plus bizarre est le fait que la dame offre ses deux mains, ouvertes au-dessus de sa tête, en guise de sièges à, d’un côté le pape Martin V, et de l’autre l’empereur Sigismond, deux vieillards ridiculement minuscules et nus comme des vers. L’histoire veut que lors du Concile qui s’est tenu dans la ville entre 1414 et 1418, les deux nobles aient été les clients d’Imperia. La dame a été sculptée à l’image d’une courtisane italienne née à Ferrare en 1485. La véritable Imperia, pas encore née au moment du concile et n’ayant jamais exhibé ses charmes à Constance, est liée au concile par un conte d'Honoré de Balzac, "La belle Imperia", satire morale du clergé catholique dans laquelle la belle séduit monarques, cardinaux et évêques, les réduisant ainsi aux communs des mortels.

Constance est une jolie petite ville allemande, peuplée de 80'000 habitants. Par beau temps, flâner sur ses quais représente une balade très agréable. Imperia se voit de loin, d’abord dans des contours imprécis mais, plus on s’en rapproche, plus l’évidence saute aux yeux : cette femme est gaulée comme une reine du porno ! Initialement, ne connaissant pas son histoire, il est vrai que je me suis demandé avec insistance comment une œuvre aussi évocatrice (pure provocation, diront certains coincés du croupion) pouvait bien trôner à cet endroit. En fait, l’explication ci-dessus me ravit totalement. Comment les édiles de la ville ont-ils osé ? Je l'ignore, mais respect pour eux, vraiment.

Le métier d'Imperia (qu'on prétend le plus vieux du monde) me touche particulièrement. Parce que ces femmes jouent un rôle très important à travers le monde, et ont durant plusieurs années tenu une place non négligeable dans ma vie. Avant mon mariage, entre mes histoires d'amour ratées, et durant plusieurs périodes de célibat, je me suis adonné (ou abonné, c’est selon) à leurs faveurs, sans honte, et avec souvent un intérêt sincère pour leur histoire, leur personnalité. Tout cela aux Etats-Unis d’abord, principalement à New York, ville que j’ai visitée huit fois, mais aussi en Allemagne, en Suisse, en France ou encore au Kenya.

Les prostituées (je ne supporte pas qu’on les traite de putes, terme plus approprié aux banquiers rapaces peuplant les plus riches Etats de la planète, et notamment la Suisse) ne sont pas un "mal nécessaire". Lorsqu’elles travaillent pour leur propre compte, elles sont au contraire un bienfait de l’humanité. Ce sont les proxénètes et les maquereaux qui représentent la plaie de ce milieu. On n’a pas tous les moyens d’exercer le métier de nos rêves. Une fille qui vend ses charmes sur un trottoir ne fait de mal à personne, bien au contraire. Ce travail, que ce soit pour celle qui l’exerce ou pour celui qui paie pour en jouir (si j'ose l'exprimer ainsi), n'est en rien blâmable, n’en déplaise aux puritains coincés du croupion, bigots adorateurs de crucifix et autres fanas du goupillon ! Pourfendeurs du vice, ces faux vertueux sont d’ailleurs souvent ceux-là même qui, incapables d’assumer leurs fantasmes dans la lumière, passent une partie de leurs nuits à se tripoter sous la couverture, se servant pour cela de certaines images puisées sur le net ou ailleurs, et des mêmes doigts qu’ils utilisent pour égrener leur chapelet. Beaucoup moins misogyne que certain(e)s le prétendent, Brel appréciait les prostituées (ce qui ne signifie pas qu'il les fréquentait assidûment) car, disait-il, contrairement à tant d'autres femmes réputées plus vertueuses, "elles nous font payer avant et non pas après"… Dans ce corps de métier, métier du corps aussi recommandable que n'importe quel autre, j’ai rencontré des femmes vraiment intéressantes et, parmi les moins avares de confidences, quelques-unes admirables. Régler le tarif et consommer (ou vice-versa) n’a jamais constitué ma façon de pratiquer. Pour peu que l’on s'intéresse autant (voire plus) à leur âme qu'à leurs fesses, et que l'on parvienne à gagner ainsi leur confiance, elles peuvent parfois se confier ; et leur histoire, pas toujours triste et même parfois drôle, peut se révéler originale, touchante, voire bouleversante.

A ce sujet, je me souviens très précisément d'une jeune Kenyane, originaire des abords sud du lac Turkana (nord du pays), rencontrée un soir dans un bar de Nairobi. C’était en juin 1987. Je travaillais temporairement dans la capitale du Kenya et, sur Valley Road, à quelques centaines de mètres au-dessus de mon hôtel, le Panafric, régnait la vie nocturne d'une boîte de nuit. Je m’y suis rendu au tout début de mon séjour. Ça grouillait de monde, une foule incroyable, très majoritairement constituée d'hommes blancs, sans doute de passage comme moi, et un nombre incalculable de filles du pays. J'ai très vite compris comment tout cela fonctionnait : un regard sans équivoque, une boisson, alcoolisée ou pas, quelques mots échangés, et en route pour la chambre d'hôtel. Mais le sexe seul, bestial, ne m'intéresse pas. Je n'ai pas l'habitude de succomber au regard faussement envoûtant d'une fille. Il me faut autre chose, de la difficulté. Et tout semblait tellement facile dans cet endroit. Cette femme, je l’ai remarquée très vite. Grande, belle, très belle, elle était seule, semblant presque timide, pas "collante" pour un sou. Mon regard s'accrocha au sien, elle ne baissa pas les yeux. Je l'abordai avec douceur et sans prétention. Elle me dit se prénommer Maureen et accepta de boire un verre avec moi. Elle était âgée de 25 ans (j’en avais 33). Très représentative de l'ethnie des Kikuyus, son visage en affichait le profil européen typique, et sa peau était d'un noir très profond. Elle avait de très beaux cheveux, relativement courts et peu crépus, des yeux noirs terriblement expressifs. Bref, elle était tout simplement magnifique, souriante et tellement peu aguicheuse ! À tel point que, puérilement, je me suis demandé ce qu'une fille comme elle pouvait bien faire dans un endroit pareil… Après une nuit passée ensemble, beaucoup plus à parler qu’à pratiquer autre chose, je me sentis totalement conquis par cette personne d’une gentillesse et d'une douceur infinies. Elle était mère d’une petite fille de cinq ans, prénommée Njeri, née de ses amours avec un gars l'ayant abandonnée en apprenant qu'elle était enceinte. Un jour, à ma demande, elle a emmené Njeri avec elle à mon hôtel : une petite fille adorable, toujours souriante, tellement attendrissante avec ses yeux rieurs, ses beaux cheveux crépus et soyeux.

Durant mon séjour d'un mois à Nairobi, avec Maureen (accompagnée parfois de la petite Njeri), nous nous verrons deux à trois fois par semaine. Je ne suis jamais retourné dans le bar où elle exerçait et n'ai fréquenté nulle autre fille qu'elle. Elle ne m'a jamais demandé un montant fixe pour le temps passé en ma compagnie. Non, juste de quoi se nourrir (nous avons mangé plusieurs fois ensemble, dans mon studio du Panafric, ou au bord de sa piscine), ou pour acheter quelque babiole à sa fille. Elle paraissait si heureuse de partager ma compagnie, ce qui était parfaitement réciproque. Un jour, avec l'adorable Njeri, nous sommes partis en direction des "Ngong Hills", au sud-ouest de Nairobi, afin de visiter la maison où vécut Karen Blixen qui, pour moi, aura toujours les traits de Meryl Streep dans "Out of Africa", sorti deux ans plus tôt. Ce fut un sentiment étrange que de me trouver là, tout un après-midi, dans cet endroit superbe, océan de verdure sous un ciel d'un bleu limpide, pas très loin de ces fameuses "Collines sacrées", en compagnie de cette femme vivant de ses charmes, et de sa fillette. Oui, Maureen me plaisait vraiment beaucoup, et pour la seule et unique fois de ma vie je me suis senti réellement épris d’une prostituée. Prostituée de corps, mais certainement pas de cœur ! Vivotant dans la promiscuité et la crasse du plus vaste bidonville de Nairobi, elle ne se vendait aux touristes que pour pouvoir manger et nourrir sa fille, et pour goûter un peu à cette vie dite normale de femme qu’elle n'avait pas les moyens de s’offrir.

Détaché au service de sécurité d’une compagnie aérienne par mon employeur, je n’étais là que pour un seul mois, occupant la fonction de superviseur des contrôles de sûreté passagers à l'aéroport international Jomo Kenyatta. Et plus la fin de mon séjour se rapprochait, plus je me sentais mal à l'aise. Je souffrais réellement à l'idée de devoir quitter Maureen. Dans cette époque où le Sida faisait des ravages partout dans le monde, et particulièrement en Afrique, je craignais pour son avenir et celui de l'adorable Njeri. Mais je suis parti quand même, en lui laissant la plus grande partie de ce que Swissair m’avait versé (en plus de mon salaire habituel) pour ma mission. Pour soulager ma conscience, diront certains. Peut-être que oui, mais surtout pour que cette femme rare puisse profiter de la vie avant de replonger dans les errances nocturnes sans avenir qui constituaient son quotidien. Aujourd'hui, je pense encore souvent à elle. Et, avec effarement, je me rends compte qu'elle doit avoir 60 ans, et sa fille 40. J'espère sincèrement que toutes deux se portent pour le mieux.

A Constance, voyant Imperia pour la première fois, c’est à Maureen que j’ai immédiatement pensé. Et je me dis que si notre rencontre avait eu lieu à une autre époque, peut-être aurais-je tenté de la ramener au pays avec moi. Parce que j'ai l'intime conviction que c'était une fille vraiment bien. Mais voilà, c'était il y a trente-cinq ans, j'étais jeune, et sans doute au moins aussi con qu’aujourd’hui. Mais également et surtout parce que je n'avais, à l'heure de quitter la délicieuse Maureen, sa fillette et leur magnifique pays, qu'une idée en tête : reprendre et mener à terme ma formation de pilote privé, entamée deux mois plus tôt. Finalement, cette licence aéronautique, je l'ai obtenue en novembre de cette année-là. Mais hélas, je n’ai jamais revue Maureen. Et si je sais ce que j’ai gagné en m’envoyant en l’air (par trapanelle interposée), saurai-je jamais ce que j’ai perdu en quittant l’une des plus gentilles, attachantes et émouvantes femmes ayant compté dans ma vie ?...

22 décembre 2022 ____________________________________________________

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Médicalement parlant…

S'il m'arrive souvent de râler contre ce qui me navre dans cette époque, je n'ai pas pour habitude de me plaindre de mon propre sort. Mais là, il y a peut-être de quoi le faire une fois. Alors que nous en sommes 335ème jour de l'année, 2022 sera pour moi une année à oublier (aussi vite que possible). Médicalement parlant, à ce jour j'en suis à :

34 visites médicales (généraliste, spécialistes, dentiste)

28 séances de physiothérapie et acupuncture

5 séances de radiographie

3 échographies

2 scanners

1 IRM

3 opérations avec anesthésie générale.

16 journées d'hospitalisation

Total : 92 journées à connotation médicale (soit 2 par semaine en moyenne)

Tout ça avec des douleurs persistantes et des anomalies de fonctionnement (mais pas foncièrement graves) dans une grande partie du corps (pied, genou, lombaires, cervicales, abdomen, poumons, reins, cœur, sang)

Bref, la chienlit sur toute la ligne !

Mais il y a certainement pire.

Et donc je garde le moral…

Never give up, never surrender !

1er décembre 2022 ____________________________________________________

Le sablier

Il est tard. Le temps se gâte. Il faut rentrer au port. Mais je peine encore à distinguer le phare. La brise soulève l'écume des vagues, poussées loin de l'estran désert. Autant que dans mon cœur, baisse la marée. Mes yeux repus se sont trop abreuvés de soleil. Ils n'en peuvent plus ! L'au-delà m'est inconnu. Contrées illusoires où, brune ingénue, tu ne promènes plus ta silhouette imprimée dans ma mémoire. Aux sables mouvants, aux bords tourmentés et sombres du temps, bientôt je vais me confronter. Rejeté par la mer, la terre va m'engloutir. A moins que le crépuscule ne me laisse mort, réduit en cendres par un brasier dans lequel, tous les soirs, même l'astre céleste disparaît, tel une toupie aspirée par la course effrénée du temps. Que me reste-t-il à vivre ? Du monde que j'aimais j'ai presque tout vu, en lui presque tout vécu. Ce qu'il est devenu ne me touche plus. J'en garderai le souvenir flétri, dans un coin de cerveau qui ne l'est pas moins, de toi qui semblais me tendre la main.

C'était il y a vingt ans, en novembre. Au premier de ces quatre mois que je hais depuis toujours. Il fallait que tu sois là. Pour atténuer ma peine, pour surseoir à ce petit trépas qui, sournois, revenait à chaque milieu d'automne. Ça n'a pas changé. Sosie troublant de la cinématographique "Trinity", tes cheveux noirs virevoltaient dans le vent frais du soir. Tes yeux, hésitant entre pers et marron, se sont soudés au bleu des miens. Certain de ne pas être visé, je me suis retourné : derrière moi, il n'y avait personne. Alors j'ai plongé, me suis noyé, basculant à corps perdu dans une autre vie. Celle d'un Amour. Mais ce fut bien court. Cueilli en septembre, le fruit de la passion se dégustait en octobre, puis en novembre. En décembre tu dormais dans ma chambre. Et puis, deux mois de plus et tu t'en allais. Comme tu étais venue. Mais pour toujours ! En février, dans le froid, sous la neige, alors que, cœur aux abois, j'avais le plus besoin de toi. Au carrefour de mes rendez-vous manqués, tu t'engageais sur le plus large des boulevards. C'était la 5ème Avenue, les Champs-Elysées !

D'autres sont venues. Aucune n'est restée. Aujourd’hui le feu ne brûle plus, faute d'être alimenté. Et sous les cendres qu’il a laissées, plus rien ne pousse. Dans le fond de mon cœur résigné, les terres fertiles ont fait place à la brousse. Des champs calcinés, chante le poète, souvent renaît le blé. Vois-tu, cher Jacques, les miens sont morts, bien avant d'avoir passé l’âge d’y croire encore. Depuis quelques temps, le cœur en berne et l'âme à la dérive, je rêve de reprendre l'air, de traverser deux océans pour, à bord d'un navire ailé, retrouver cette terre que tu avais tant aimée, mais qui t'a englouti. Pour te voir une troisième fois. Après sept années, et trente-trois de plus encore. Pour te confirmer que d’un amour perdu, il ne faut rien attendre. Et pour que tu m'entendes, face aux vagues en furie du Pacifique, crier mon désespoir, insulter Dieu, et lancer des pierres au ciel. Comme tu l'as fait après ton dernier repas. Tes vaines espérances, l'ami, ont toutes été les miennes ! Et si je semble encore en vie, c’est que la mort en a revêtu l’habit. On se souvient bien plus longtemps de ses amours, que le temps qu'il faut pour les oublier. Passe le temps, défilent les années, il sera bientôt l’heure de retourner, une dernière fois, ce maudit sablier…

29 novembre 2022 ____________________________________________________

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La Femme ultime

Devant le visage d'Elsa Vidal, rédactrice en cheffe de RFI en langue russe (que l'on peut voir dans "C dans l'air" sur France 5 lorsqu'il est question de la guerre en Ukraine), je suis cet étudiant imberbe et bien loin d'être fini, la regardant bouger, admirant son abondante chevelure (arc-en-ciel en noir/blanc), écoutant sa voix mélodieuse parler d'un sujet qu'elle maîtrise à la perfection. Emprisonné volontaire dans le halo bouleversant de son regard, subjugué par une féminité de tous les instants, ses mimiques accrocheuses, ses gestes d'une grâce unique, et le grain bronzé de sa peau, je suis dans un état proche de l'apoplexie, en apnée à 120 mètres de profondeur, dans une ivresse apocalyptique, une jouissance de l'esprit dix, cent fois supérieure à celle d'un banal accouplement. Alors même que je suis séparé d'elle par un écran nébuleux de télévision, je sens les effluves embaumés de son parfum pénétrer mes narines, en ligne directe avec un cerveau auquel il aura fallu deux tiers de siècle pour éprouver pareille extase. Cette femme est LA FEMME ! Exceptionnelle ! Ultime ! Définitive ! Immortelle !

27 novembre 2022 ____________________________________________________

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L'histoire se répète.

Le 20 octobre 1922 en Italie, le roi Victor-Emmanuel III charge Benito Mussolini, président du Parti national fasciste, de former un nouveau gouvernement. Deux ans plus tôt, Hitler fondait le Parti national socialiste. On sait ce qu'il est advenu de ces deux pays et de l'Europe durant le quart de siècle qui a suivi… Le 22 octobre 2022, après avoir gagné les élections parlementaires, Giorgia Meloni, présidente de "Fratelli d'Italia", se voit chargée par le président italien Sergio Mattarella de former un nouveau gouvernement. L'histoire se répète. L'extrême-droite, le nationalisme conservateur, le populisme, la xénophobie, auxquels on peut ajouter aujourd'hui l'Euroscepticisme se répandent sur notre continent. Il y a un siècle, l'Allemagne et l'Italie (un peu plus tard l'Espagne) étaient les nations les plus ancrées dans l'extrême-droite. Aujourd'hui cette tendance abjecte est fortement présente en France, en Italie, en Hongrie, en Pologne, en Autriche, en Suisse.

C'est malheureux à dire et à constater, mais c'est au sortir de la dernière Guerre mondiale que le continent s'est le mieux porté au cours du 20ème siècle. J'ai vécu les 21 dernières années de ces "30 Glorieuses" (1945-75), où l'Europe réparait le désastre (60'000'000 de morts) occasionné par la folie des deux tarés que représentaient Hitler et Mussolini. Faudra-t-il que le monde sombre à nouveau dans pareil chaos pour qu'après cela (et s'il reste assez de survivants), l'on puisse bénéficier d'un peu (beaucoup serait mieux) de répit ? Je n'en sais rien ! Ce que je sais, c'est qu'il y a aujourd'hui dans le monde plus qu'assez de tarés extrêmement puissants pour réduire cette planète en miettes. A l'âge que j'ai, ce n'est plus vraiment un souci personnel. Mais je crains et craindrai jusqu'au dernier de mes jours pour l'avenir de toute ma descendance…

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on affirmait : "Plus jamais ça !" Preuve que l'humain, prétendu l'être le plus évolué et intelligent évoluant sur cette planète, ne retiendra jamais rien de ses erreurs, aussi terribles et effroyables qu'elles soient". Je trouve ça profondément désespérant…

23 octobre 2022 __________________________________________________

Nobody bless the queen !

Les funérailles se sont achevées, la reine est enterrée, la mascarade est terminée. La famille, les "grands" de ce monde, au nombre de 2'000, y ont assisté de près. Les "petits", le peuple, les gens de la rue, n'ont eu droit qu'à une hypothétique place derrière les barricades protégeant le cortège, et a rien du tout dans la basilique. Les élus, la crème, les privilégiés, le dessus du panier, ont eu droit à tous les égards. Les autres se sont agglutinés, dans l'anonymat, la promiscuité, la fraîcheur dénudée de la rue ! Pourtant ils étaient infiniment plus nombreux que les premiers. Et sans doute plus touchés qu'un Bolsonaro, qu'un Biden, qu'un Macron, ou qu'un Cassis.

Ainsi va le monde. Ainsi règnent les nantis. La descendance, le droit d'aînesse, l'héritier(ère), le bon maillon de la chaîne, se voient promis, portés à un rang, une grandeur, sans le moindre mérite, sans avoir rien fait pour mériter ça. Pendant la douzaine d'heures (ou plus, je n'en ai pas vu la moindre seconde), le monde a continué de mal tourner. Les Popovs ont bombardé une centrale nucléaire ukrainienne, les chinetoques ont usé, épuisé quelques dizaines ou centaines d'esclaves ouïghours, la famine a semé la mort sur près de 5'000 enfants collés au sein inconsistant de leur mère, cuisant à petit feu sur les terres calcinées d'Afrique. J'en passe, et des bien pires encore…

Ce 21ème siècle sera celui de la perte totale des valeurs humaines. Déjà qu'elles n'ont fait que péricliter au cours du siècle précédent, elles ne seront bientôt plus que tristes souvenirs dans la pâle mémoire des plus anciens. Des anciens dont j'espère bien ne plus faire partie, pour cause d'inadaptation à cette époque effarante, que je ne suis plus très loin de totalement rejeter. Même l'espoir d'être réincarné dans un quadripède sauvage me fout la trouille, tant l'humain n'en a rien à glander du monde animal, disposant pourtant des mêmes droits de vivre que lui. Oui, ce monde actuel me fait gerber, et aujourd'hui spécialement, il m'a fait royalement ch... !

19 septembre 2022 ________________________________________________

Est-ce ainsi que l'homme vit ?

Il ment, triche, trompe, harcèle, vole, viole, violente, maltraite, frappe, blesse, ruine, mutile, persécute, torture, tue, assassine !

Aucun autre animal sur Terre ne peut afficher une liste aussi longue de tares inscrites dans la liste de ses maléfiques comportements.

C'est à se demander si cette planète n'aurait finalement que ce qu'elle mérite, pour avoir engendré une espèce qui n'a plus grand-chose d'humain aujourd'hui.

Ou alors si le mot "humanité" ne représenterait tout simplement pas la somme de toute la barbarie que ce genre précis est susceptible de déployer.

Plus je connais les humains, plus j'aime les animaux qui ne le sont pas, et dans l'un desquels j'espère bien être réincarné, qu'il soit ver de terre ou dauphin…

14 mars 2022 ____________________________________________________

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