top of page

Elle s'en est allée...

... rejoindre sa famille, ses ami(e)s, l'environnement de son futur métier, professeure des écoles. Devant le manège hippique de l'extrême ouest vaudois, là où elle venait de passer huit mois, hier, pour tout le monde l'heure était à la tristesse. Immense ! Cette jeune femme de 26 ans nous a époustouflés par ses valeurs humaines, sa gentillesse, sa disponibilité, sa sensibilité, sa bonne humeur et son sourire toujours présent.   

Elle est arrivée en mars dernier, désirant prendre quelques mois sabbatiques avant d'entamer une carrière d'enseignante (français et éducation physique) en Allemagne, son pays. Ma fille et mon gendre, en charge d'un manège hippique exigeant énormément de travail, avaient besoin d'une baby-sitter pour s'occuper de Margaux, leur bébé de 9 mois. Et Sofia, également cavalière, fut choisie. La jeune femme et sa monture arrivèrent à leur domicile vaudois en mars de cette année. Pour un contrat de huit mois.

Aujourd'hui la période est terminée, et Sofia est rentrée chez elle, du côté de Tübingen, dans le Bade-Wurtemberg. La voir repartir fut pénible pour beaucoup, et pour elle aussi. Parce que cette jeune femme a démontré des qualités assez exceptionnelles, et une capacité incroyable à prendre en charge un bébé de quelques mois. Engagé que je suis toujours auprès de ma petite-fille (une journée par semaine et lors de tous les concours hippiques auxquels ma fille et son mari participent), j'ai pu me rendre compte combien sa présence a ensoleillé tout son entourage, sans le moindre jour de pluie.

Alors, Sofia, j'aimerais te dire que durant ces huit mois, tu m'as épaté comme peu de personnes ont su le faire durant ma (longue) vie. Ton absence va, pour beaucoup, créer un vide très difficile à combler. Pour moi également. Parce que je veux que tu saches que la plus grande fierté de toute mon existence est d'avoir eu deux filles, que j'adore et qui ne m'ont jamais déçu. Et sache que si j'en avais eu une troisième, j'aurais été immensément fier et heureux qu'elle te ressemble.

- Je te souhaite, chère Sofia, un parcours de vie aussi enrichissant que furent ces huit mois pour celles et ceux qui ont eu le rare bonheur de te côtoyer. Je te souhaite bonne route sur ton chemin de vie, bonne chance et tout le bonheur du monde. Et, immense souhait de ma part : NE CHANGE PAS !

De mon côté, conscient que l'immense attachement qui te liait à ma petite-fille risque de perturber cette dernière par ce vide nouvellement créé, je ferai tout mon possible pour entretenir ton image auprès d'elle.

1er novembre 2025 ____________________________________________________

Sofia et Margaux - Concours hippique d'Avenches, 20 septembre 2025.

Cette photo restera sans doute pour moi l'une des plus importantes et  émouvantes prises cette année.

Le Club des 10

Durant ma pré-adolescence, mes lectures préférées se concentraient sur un groupe de cinq  jeunes de plus ou moins mon âge, le "Club des Cinq", une série d'aventures publiée dans la Bibliothèque Verte, et signée d'Enid Blyton, une romancière anglaise (1897-1968). Le Club des Dix, c'est autre chose. Il regroupe des personnalités publiques que j'aimais et admirais beaucoup. Ils et elles ont tous(tes) disparu. Et sur leur sépulture personnelle, je suis allé m'incliner. Les voici, classés par ordre de date de leur décès.

​

1962 - Marilyn Monroe, cimetière de Westwood - Los Angeles (Etats-Unis), visites en 1985 et 1989

1968 - Bobby Kennedy, cimetière d'Arlington - Washington (Etats-Unis), en 1979

1970 - Bourvil, cimetière communal - Montainville (France), en 2006, 2010, 2015

1971 - Jo Siffert, cimetière Saint-Léonard - Fribourg (Suisse), en 2011, 2021 et 2024

1978 - Jacques Brel, cimetière d'Atuona - Iles Marquises (Polynésie française), en 1982 et 2015

1982 - Joëlle Mogensen, cimetière du Montparnasse - Paris (France), en 2008

1982 - Romy Schneider, cimetière communal - Boissy-sans-Avoir (France), en 2011 et 2019

1982 - Patrick Dewaere, cimetière communal - Saint-Lambert-du-Lattay (France), en 2020

1985 - Dominique Laffin, cimetière de Montmartre - Paris (France), en 2008

2004 - Serge Reggiani, cimetière du Montparnasse - Paris (France), en 2008

 

Remarque :

Si Serge Reggiani est décédé à l'âge respectable de 82 ans, les neuf autres avaient entre 29 et 53 ans, avec une moyenne effarante de 39 ans.

25 octobre 2025 ______________________________________________________

Marilyn MONROE, comédienne américaine, 1er juin 1926 - 5 août 1962

​

J'adorais cette comédienne honteusement exploitée par le star-system hollywoodien. Ses films sont tous devenus cultes, parce qu'elle est aujourd'hui encore la femme la plus connue dans le monde.  Mon préféré demeure "Bus Stop",  de Joshua Logan, sorti en 1956. L'image de la "blonde nunuche à forte poitrine" était une hérésie et, surtout une qualicication machiste lamentable. D'une grande intelligence, elle composait des poèmes magnifiques. Vers la fin de sa vie, elle écrivit : 

 -"Au secours, au secours ! Je sens que la vie se rapproche alors que moi je ne veux que mourir"...  

Sur le pas de la porte d'entrée de sa maison de Brentwood, était gravé cette locution latine "CURSUM PERFICIO". Littéralement : Mon voyage se termine... Norma Jeane Mortensen (ou Baker) a tourné 32 longs-métrages entre 1947 et 1962. La plus grande star hollywoodienne repose depuis 1962 au cimetière municipal de Westwood, dans la banlieue de Los Angeles.  Je me suis rendu deux fois sur sa sépulture, en 1985 et 1989. Les fleurs dans le petit vase constituent mon cadeau personnel de 1985.

Robert Francis (dit Bobby) KENNEDY, homme politique américain, 20 novembre 1925 - 6 juin 1968

​

Frère cadet de John Fitzgerald Kennedy, Ministre de la justice et Procureur général des Etats-Unis de 1961 à 1964. Candidat démocrate à l'élection présidentielle de 1968, avec de grandes chances de l'emporter. Homme aux qualités humaines évidentes, ayant lutté avec force conviction contre la ségrégation dans son pays. Homme charismatique et possédant toutes les qualités pour diriger un pays qui aujourd'hui prend l'eau de toutes parts. Assassiné dans l'hôtel Ambassador de Los Angeles, après avoir annoncé sa victoire sur Hubert Humphrey dans l'élection primaire de Californie. Il repose (à côté de son frère John) au cimentière militaire d'Arlington, dans la banlieue de Washington. Photo de ma seule visite, en mai 1979. Signe indubitable de la chienlit que représente actuellement la politique étatsunienne, son fils Robert Francis Kennedy Jr. lèche les bottes (je reste poli) de cette grosse tache que représente le président actuel, qui ne mérite même pas que je cite son nom...

André RAIMBOURG (dit BOURVIL), comédien, chanteur français, 27 juillet 1917 - 23 septembre 1970

​

Bourvil, l'humain dans toute sa sincérité
Cinquante-cinq ans déjà ! De ce jour-là, de ce maudit mercredi 23 septembre 1970 je me souviens comme si c'était hier. J'étais au travail, et la radio installée dans mon bon vieux Mercedes avait annoncé la triste nouvelle. Pour moi c'est un monde qui s'effondrait. Un monde de rires mais aussi de tendresse et d'émotion. Car si tu savais faire rire André, tu parvenais aussi à nous tirer des larmes. J'avais seize ans et, émergeant de la triste grisaille de l'enfance, mes distractions c'est le samedi que j'en profitais. Dans les cinémas de la ville, là où étaient en principe joués les grands films populaires. En ce temps-là, toi et ton compère de Funès aviez mes faveurs. Toi surtout. J'adorais tes films et les situations cocasses dans lesquelles tu excellais. Mais je ressentais aussi l'émotion que diffusaient d'autres séquences où là, l'immense acteur donnait une véritable dimension à toute l'étendue de son talent. Dans ce registre, l'une des plus magnifiques scènes que tu aises jamais jouées se situe dans "le Corniaud". Lorsque, dans le restaurant romain où tu as invité la jeune manucure de son hôtel, tu te rends soudain compte que celle-ci s'est jouée de toi, et n'a accepté ton invitation que pour rendre jaloux son fiancé. Ce moment-là, cet instant précis où, debout devant la table, assiette et fourchette en main et désirant terminer ton repas, tu prends conscience qu'on s'est moqué de toi, c'est un monument dont on devrait se servir comme exemple dans tout cours de comédie digne de ce nom. 55 ans ! Plus de cinq décennies que l'eau coule sous le pont, sans que le sang ne passe plus dans tes veines. Ta disparition n'a pas empêché le monde de tourner, mais elle me l'a fait voir d'une autre façon. En relisant dernièrement l'une de tes biographies, j'ai été très ému par une déclaration dans laquelle tu disais combien tu aimerais devenir vieux, avoir quatre-vingts ans et profiter de ta retraite, entouré de ta famille, de tes enfants et de tes petits enfants. De ces quatre-vingts ans, tu n'auras vécu que les deux tiers. Il s'en est fallu de 27 années pour que tu les atteignes. Une paille ! Une broutille ! Une injustice ! Une de plus d'un destin aveugle, inique et partial.

 

En mai 2006, pour la première fois de ma vie, je suis parti visiter la Normandie. Pour voir Honfleur, Le Havre et l'estuaire de la Seine, les plages du débarquement, pour visiter Etretat et les ports de la Seine-Maritime, pour admirer la mer et m'imprégner du cri des goélands. Mais aussi et surtout, André, pour rendre visite à ton beau Pays de Caux. Alors j'ai vu Prétôt-Vicquemare (ton village de naissance), Fontaine-le-Dun (où tu as travaillé avant de devenir artiste) et Bourville (qui t'a inspiré dans le choix de ton nom de scène). J'ai vu la petite école sur les bancs de laquelle tu usais tes fonds de culotte. En face d'elle, j'ai osé entrer dans l'impressionnante église aux splendides vitraux, devant laquelle, dans le petit cimetière, reposent les Raimbourg et les Ménard, ceux qui furent ta famille et que tu aimais. Dans cette très verte campagne normande parsemée d'immenses champs cultivés, là où tes racines demeurent ancrées pour toujours, là où l'on prétend qu'il ne cesse de pleuvoir, le soleil m'a fait l'honneur de sa présence et le séjour s'est déroulé comme dans un rêve. J'ai vu Tonneville, le petit hameau voisin de Bourville. C'est là que tu as passé ton enfance. Et j'ai vu ta maison. Une bâtisse très sobre faite de briques rouges et entourée de verdure, d'arbres et de prés sur lesquels il m'a semblé te voir jouer, courir et t'entendre crier. Je suis resté là longtemps, ne pouvant plus me détacher de cet endroit. Sur le fil de la clôture, une bergeronnette printanière est venue se poser. Tout près de moi (car figé par lémotion) et chantant de toute la puissance de sa voix mélodieuse, parée de son soyeux plumage jaune, tranquille sur son fil, confiante malgré ma présence toute proche. Et je me suis dit que cet endroit avait quelque chose de magique, que cet oiseau, d'habitude si farouche, était peut-être une réincarnation de toi, André. Toi qui étais venu me dire que tu te sentais touché par ma visite ; toi qui avais peut-être senti à quel point tu as compté dans mon existence et combien un homme comme toi, honnête, sincère, droit, fidèle et jamais corrompu par le star-système, a pu me faire rêver dans l'accomplissement d'une vie. Je crois bien que jamais je ne suis resté si longtemps immobile en ayant les yeux ouverts. Dans mon esprit, défilaient des images ; un film, le film de ton enfance, des jeux qui furent les tiens et qui, même si ce fut trente-sept ans avant moi, ne devaient pas être très différents des miens. Je suis venu ici pour toi, André. Et j'ai senti ta présence. Et je me suis senti bien...

 

Rentrant de ce voyage, par un premier jour de juin radieux, j'effectuais un petit détour pour m'arrêter dans ton dernier village, au nom sonnant comme dans ce beau Pays de Caux que je venais de quitter. Comme Bourville, on pourrait croire que Montainville se trouve en Normandie. Eh bien non ! Ce n'est pas bien loin de Paris et c'est là que tu reposes, aux côtés de Jeanne, le seul, l'unique amour de ta vie. Celle que tu as aimée, celle que tu as su rendre pleinement heureuse, malgré les vicissitudes de la vie d'artiste que tu menais. Avant de pénétrer dans ton petit cimetière, je suis allé, dans le champ voisin, cueillir un petit bouquet de coquelicots et je te l'ai apporté, fébrile et tremblant quelque peu. J'ai mis un peu de temps à trouver ta sépulture, mais lorsqu'elle s'est offerte à mon regard, j'ai senti comme une onde de chaleur, mêlée d'émotion et de soulagement : il y a tellement longtemps que j'attendais ce moment-là ! Au front de ta dernière demeure et avec précaution, j'ai déposé ces quelques pavots rouges, emblèmes colorés de ces terres rurales que tu chérissais. J'ai pensé que tu apprécierais ces quelques fleurs car elles sont fidèles à ton image, du moins à celle que je garde de toi : belles, fragiles, attachantes, aux couleurs intenses mais à la durée de vie tellement dérisoire une fois cueillies, Et je suis resté là. Pendant de longues minutes. Immobile. Regard accroché à cette pierre tombale toute simple et pensées oscillant entre injustice de mourir si jeune et fragments de films, entre ton image souriante, réconfortante et ce qu'il doit rester de toi sous cet amas de terre. Et j'ai eu très mal. Car jamais autant qu'à ce moment-là, je n'ai mesuré à quel point, et comme personne d'autre, tu as contribué à égayer mon adolescence Au loin, par-delà le mur du cimetière, entre les branches des arbres, penchée à sa fenêtre, une très vieille dame n'a cessé de m'observer. Qu'a-t-elle bien pu penser de moi lorsqu'elle m'a vu tenter d'essuyer furtivement mes yeux devenus humides ? T'a-t-elle connu jadis ? A-t-elle été la voisine que tu saluais le matin en allant chercher ton pain ? J'aurais aimé qu'il en soit ainsi. J'aurais aimé qu'elle vienne me parler de toi. Me conter le bonheur qui était le sien et celui de ce petit village dont tu partageais encore simplement la vie à la fin des années soixante...

 

Depuis que tu es parti, André, depuis ce triste jour d'automne, je n'entre plus dans une salle obscure sans avoir une petite pensée pour toi. Une pensée qui me ramène toujours vers Neuchâtel et ce cinéma "Palace" qui, malheureusement, n'existe plus. Une salle obscure dans laquelle tu donnais à mes années d'alors quelques tons chauds (dans "Le Corniaud", "La Grande vadrouille", "Le Cerveau", "Les Cracks", "La Grande Lessive", "Le Mur de l'Atlantique", "Le Cercle rouge", et quelques autres), drôles et émouvants, quelques parcelles d'un bonheur rare que je retrouve à chaque fois que les lumières s'éteignent et que l'écran se pare de lumière. J'aurais tellement aimé, André, avoir un père qui te ressemble…

Joseph (dit Jo) SIFFERT, pilote automobile suisse, 7 juillet 1936 - 24 octobre 1971

 

Idole de mon adolescence, homme public à l'égard duquel j'éprouvais la plus profonde et sincère admiration, Joseph Siffert m'apparaissait alors tel un modèle de vie parfaitement réussie. Je connaissais tout de lui, je savais que le chemin l'ayant porté là où il se trouvait au 24 octobre 1971, jour de son fatal accident, avait été extrêmement pénible, et qu'il avait été, durant tant d'années de vaches maigres, un modèle de courage, de volonté et de détermination. C'était au cours des années soixante, lorsque le pilote suisse gagnait son premier Grand Prix de Formule 1, à Brands Hatch (Angleterre), le 20 juillet 1968. Baignant dans une aura extraordinaire, "Seppi" (diminutif de son prénom en allemand) me fascinait, et je collectionnais toutes les photos, tous les articles se rapportant à sa brillante carrière. J'éprouvais le sentiment étrange et assez indéfinissable que cet homme, immensément apprécié dans toute la Suisse, et même bien au-delà de ses frontières, parti de rien et ayant su imposer son talent jusqu'à devenir une star du sport automobile, était l'exemple ultime d'une vie masculine parfaitement menée. Né dans le quartier de l'Auge, en Basse-Ville de Fribourg, carrossier de métier, pauvre, parti de rien, allant jusqu’à vendre de vulgaires chiffons pour se faire un peu d’argent, il a gravi tous les échelons menant au sommet de la compétition automobile par sa seule volonté de réussir. Il est allé au bout de son rêve, et jusqu’à deux victoires en Championnat du monde de Formule 1 (Angleterre 1968 et Autriche 1971), plus 3 autres hors championnat, en passant par 14 succès (record de l'époque) et trois titres mondiaux (1969-71) offerts à Porsche en voitures de sport/endurance (il a tout gagné, excepté les 24 Heures du Mans). Avec Clay Regazzoni, il fut le plus grand pilote automobile suisse de tous les temps. Aujourd’hui encore Jo Siffert, dont les obsèques ont rassemblé plus de 50'000 personnes dans les rues de Fribourg (sa ville natale qui en comptait alors moins de 40'000), et au même titre que Jacques Brel, demeure l’homme qui m’a inculqué cette envie folle de réaliser à tout prix quelques-uns des rêves de mon enfance et de mon adolescence. Jo Siffert repose sur les hauteurs du cimetière de Saint-Léonard, au nord de Fribourg. Les visites que je lui ai rendues sont au nombre de trois (2011-21-24), les deux premières à l'occasion de la cérémonie marquant le 40ème et le 50ème anniversaire de sa disparition.

Jacques BREL, auteur, compositeur, interprète, acteur, aviateur et navigateur belge, 8 avril 1929 - 9 octobre 1978

​

En arrivant à Atuona, sur cette île d'Hiva Oa qui fut ta dernière demeure, je n'avais qu'une idée en tête, Jacques : venir revoir ta sépulture. Mais les 33 heures de voyage m'ayant mené jusqu'à toi m'ont physiquement anéanti. Si bien que, débarquant chez Tania, ma logeuse, qui t'as connu jadis, je n'avais plus de force et rien qu'une idée en tête : dormir. Quatre heures plus tard, corps et esprit tout encore vaseux, je me mettais en route pour, à pied sur les chemins très pentus du village, me mettre à la recherche de ton dernier ancrage. Je n'ai jamais oublié la topographie très en pente d'Atuona, si bien que deux kilomètres et trente minutes plus loin et plus tard, j'étais au pied de ta tombe. Je l'ai trouvée plus belle, mieux entretenue, resplendissante, pour autant qu'on puisse utiliser ce terme pour parler de ce rectangle de pierre et de terre sous lequel tu te reposes depuis 37 ans. 
L'instant où, arrivant par les hauteurs du cimetière du Calvaire, j'en contournais l'angle sud-ouest pour, je le savais très bien, me retrouver face à toi, m'est impossible à décrire avec précision. Trop d'émotion, trop de joie, trop de difficulté à bien comprendre que je n'étais plus dans mon rêve. J'étais là ! Mesurant tout autant le temps écoulé depuis ma première visite, que l'intensité de l'incroyable réalité d'avoir tenu la promesse que je te t'avais faite en quittant ton île, au matin du 7 mai 1982. Cette émotion, ce trop-plein de sentiments joyeux et tristes à la fois (nous sommes en 2015, j'ai 61 ans et je sais que je ne reviendrai sans doute plus jamais ici), me sont tombés dessus comme l'aigle sur sa proie... 

Je n'ai rien vu venir et me suis effondré moralement, tout soulagé que le cimetière fût désert à cet instant précis. Je pleurais mais n'était pas triste, pas de larmes de désespoir ni de joie, rien qu'un mélange indéfinissable de sentiments que jamais je n'avais éprouvés auparavant. Il m'a fallu quelques minutes pour remonter la pente, afin de pouvoir savourer pleinement ces retrouvailles restées trop longtemps hypothétiques. Alors je me suis senti bien, ai respiré l'air vivifiant de l'alizé du Pacifique qui, Jacques, te maintient vivant sous le sol et dans le cœur de tous ceux qui ne cesseront jamais de t'aimer. Revenir en Polynésie, pour moi, c'était avant tout revenir ici, pour toi, mort à 49 ans, âge indécent une fois encore... 
Parce que je sais ce que je te dois. Parce que tes chansons, tes convictions, ta sincérité, ton honnêteté (tu es le seul avoir fait tes adieux au music-hall et à n'y être jamais revenu), ta façon de vivre tes rêves de gosse et de les réaliser l'un après l'autre, ont fait de moi celui que je suis. Je t'ai découvert quand j'avais 22 ans, alors que mon premier tiers ou quart de vie m'avait (éducation oblige) laissé reclus dans la timidité, l'insignifiance et le déni de soi. Si je me suis affirmé, comme chacun doit absolument le faire dans la vie, c'est à toi que je le dois, Jacques. Et ça, Alzheimer m'en préserve, je ne l'oublierai jamais...
Au cours de cette semaine passée à Hiva Oa, je suis bien sûr allé visiter l'espace Jacques Brel que la commune d'Atuona a érigé à ta mémoire. Je n'y ai pas appris grand-chose parce que j'en sais tant sur toi, mais "Jojo", ton Beechcraft Twin Bonanza presque aussi vieux que moi, m'a beaucoup ému. J'en suis infiniment reconnaissant à la petite équipe de Dassault Aviation qui, connaissant ton amour de l'aviation, a accompli un magnifique travail de restauration sur cette machine qui croupissait depuis trop longtemps sur le tarmac de l'aéroport de Tahiti Faaa. En boucle, tes chansons passent dans ce simple hangar rempli de souvenirs. Ce fut aussi une belle émotion que d'écrire quelques mots à ton intention dans un livre d'or extrêmement fourni (notamment, par de nombreux Suisses, cela m'a beaucoup surpris).  
Et puis, tout aussi surprenants sont ces deux projecteurs de cinéma trônant à l'entrée de l'exposition. Tu les avais fait venir ici afin que tes amis Marquisiens puissent profiter de ce 7ème art que tu aimais et dont ils étaient privés. Tout à fait à ton image d'homme au grand cœur. De cette générosité qui était la tienne, le Beechcraft s'en souvient lui aussi, alors que toi, Maddly et lui assuriez la liaison entre les différentes petites îles de l'archipel, offrant un service combiné de taxi, de fret et d'avion ambulance...
Le 27 mai, en quittant Hiva Oa pour rejoindre Moorea, j'avais le cœur lourd. Parce que cette seconde visite aura sans doute été la dernière. Mais cette semaine passée ici, sur cette île magnifique, sauvage et préservée, au milieu de ce peuple marquisien attachant comme aucun autre à ma connaissance, m'a fait un bien immense et m'a conforté dans ma façon d'envisager la vie :  "l'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu'avec le cœur" (Saint-Exupéry, grand homme de lettres et aviateur). 

Jacques Brel repose dans le cimetière du Calvaire, à Atuona, chef-lieu de l'île de Hiva Oa, archipel des Marquises, Polynésie française. Je lui ai rendu visite deux fois, du 30 avril au 7 mai 1982, et du 20 au 27 mai 2015. Tous les jours de cette première semaine sur place, je suis allé fleurir sa tombe, avec ces bougainvillées qu'il adorait...

Joëlle MOGENSEN, chanteuse franco-américaine du groupe "Il était une fois" (années 70-début 80), 3 février 1953 - 15 mai 1982

​

Telle Aphrodite musardant sur la grève de sable clair l’ayant vu naître, elle m’est apparue, dernière femme d’une banale file de voyageurs. Toute de blanc vêtue, robe blanche descendant jusqu’à ses chevilles, elle marchait sans se presser. Elle avait abandonné sa longue chevelure blonde, au profit d'une coiffure mettant sa nuque en valeur, et souriait à l’hypothétique bonheur duquel elle paraissait émerger. Dans la lumière artificielle, ses yeux avaient pris le teint prononcé, électrique, du dernier pan de ciel bleu cerné par l’orage imminent. Cet ange surgi de nulle part, du néant que constituent les couloirs d’une aérogare, illumina soudain l’horizon bouché s’offrant quotidiennement à mon regard. Elle était belle Joëlle, d’une beauté irréelle, d’une grâce céleste, d’un charme inégalé et inégalable pour quiconque, femme voyageant en sa compagnie, aurait tenté de la surpasser dans ce domaine. Une fille sublime, apparaissant tel l’éclair avant le tonnerre, le soleil après la pluie, le plaisir pendant l’acte de d’amour. Silhouette longiligne et démarche aérienne, chaloupée au rythme de ses bras, elle planait au-dessus de toutes les autres. Devant elle, s’il y avait eu la mer, elle se serait fendue pour lui céder le passage…
Souvenir distant de plusieurs décennies. Scène tirée d’un tiroir grippé de ma mémoire, lorsque la vie s’accrochait à elle, désespérément, et qu’elle se trouvait à deux doigts de la renier, volontairement ou pas. Pouvoir l’approcher, boire les paroles, sortant de sa bouche en éternel sourire, qu’elle adressait à son auditoire conquis, croiser ce regard qui allait cesser de briller quelques mois plus tard, aujourd’hui encore me fait réaliser la pleine magie de ces instants. De mon métier d’alors (au sein de la Police Frontière d l'aéroport de Genève), j’ai gardé souvenance de quelques rencontres ayant constitué les seuls petits bonheurs d’une fonction parmi les plus banales. Joëlle a déposé en moi quelques minutes de rêve, infiniment précieuses, de celles qui m’ont fait et me font toujours avancer, sans jamais omettre de me souvenir. Elles y sont toujours, car elles ont le poids de l'inoubliable. Elle, et plusieurs autres aussi, portaient en elles la grâce et le rayonnement, le scintillement si particulier des étoiles gravées à tout jamais dans le firmament. Qu’une existence de vingt-neuf ans se soit un soir arrêtée de la sorte est l’injustice la plus cruelle que le destin puisse déposer sur un chemin de vie. Joëlle, comme toute personne de cet âge, ne méritait vraiment pas cela… Elle repose dans le cimetière du Montparnasse, dans le 14ème arrondissement de Paris. Je suis allé la voir en juillet 2008.

Rosemarie (dite Romy) SCHNEIDER, comédienne germano-française, 23 septembre 1938 - 29 mai 1982

​

J'avoue avoir été assez indifférent au début de carrière de cette actrice allemande, née à Vienne le 23 septembre 1938. A l'époque, l'Autriche était rattachée au 3ème Reich depuis six mois, et la petite Rosemarie Magdalena était le fruit de l'union de deux acteurs : Rolf Albach-Retty et Magda Schneider. Antimonarchique depuis toujours, Sissi, l'impératrice d'Autriche-Hongrie, ne représentait rien à mes yeux. Les films dans lesquels Romy interprétait ce rôle, même si je les ai tous vus à la télévision, ne m'ont jamais passionné.

Celle qui, une grosse dizaine d'années plus tard allait devenir la meilleure actrice européenne, je l'ai découverte au cinéma en 1968, lorsqu'elle était l'héroïne de "La Piscine", aux côtés de son ex-compagnon Alain Delon. Joli film, dans lequel elle exposait sa plastique absolument parfaite au regard de l'ado que j'étais.  Après les magnifiques classiques de Sautet, que j'ai tous vus, en 1975 elle jouait sous la direction de Robert Enrico, et au côté de Philippe Noiret, ce terrible drame ayant pour titre "Le vieux fusil". Je me souviens parfaitement ce que ce long métrage m'avait inspiré : premièrement, l'horreur absolue que représentait la fin de Clara, périssant sous le feu d'un lance-flammes actionné par un soldat du Reich, après avoir été violée. Insoutenable ! Et deuxièmement la scène du début du film, lorsqu'elle rencontre pour la première fois Julien, son futur mari. Entièrement vêtue de noir, elle porte une coupe de champagne à ses lèvres, tout en soulevant la voilette dissimulant quelque peu son regard. C'est dans ces quelques secondes de pellicule que j'ai pris conscience, non seulement de la beauté incroyable de cette femme, mais aussi et surtout de son exceptionnel talent. Ses principaux films suivants n'ont fait que confirmer cela en salle. La télévision, le VHS puis le DVD m'ont servi à voir (et à aimer) une grande partie de ce qu'elle avait tourné avant cela.

Au début des années 60, sa relation avec Delon figurait dans l'ordre des choses. Elle faisait alors carrière en France, et le beau gosse que ce comédien assez quelconque représentait, ne pouvait que l'attirer. Mal lui en prit. Larguée comme un veille chaussette, elle mit du temps à s'en remettre. "La Piscine" passe pour les avoir réconciliés. J'en doute. Parce que le beau-parleur tricolore ne se servait de ses femmes que pour faire parler de lui. Comme Nathalie et Mireille, il prétendait que Romy a été "la femme de sa vie". Bla-bla coutumier de sa part ! S'il est possible de compter plusieurs femmes dans l'histoire de nos amours, une seule d'entre-elles peut être "celle de notre vie".

Le 3 décembre 1966, Romy Schneider, mariée au metteur en scène allemand Harry Meyen, met au monde son premier enfant : un fils prénommé David. Sans doute la plus grande joie de ses 28 premières années d'existence. Malheureusement, moins de quinze ans plus tard, alors mariée à Daniel Biasini, elle apprend la mort de son garçon. Vivant à Saint-Germain-en-Laye, chez les parents du mari de sa mère, David rentre d'une virée avec des copains. Il fait nuit et, le portail étant fermé à clef, il tente de passer par-dessus. La manœuvre échoue, le garçon perd l'équilibre et s'empale sur l'une des pointes métalliques du portail. Artère fémorale irrémédiablement perforée, il meurt dès son arrivée à l'hôpital. Accident terrible dont sa maman ne se remettra pas. Cela se passait le 5 juillet 1981, et l'adolescent n'était âgé que de 14 ans et demi. Dix mois plus tard, au matin du 29 mai 1982, la comédienne adulée par bien plus que les seuls Français, était retrouvée sans vie dans son appartement parisien.

En moi, Romy Schneider occupe la même place que Marilyn Monroe : deux femmes ayant rayonné comme peu d'autres sous le feu des projecteurs. Deux femmes ayant vécu une enfance douloureuse (père absent, mère trop peu aimante). Douleurs dont plus personne aujourd'hui ne conteste l'importance dans l'évolution d'un être humain. Etaient-elle faites pour évoluer vers ce qu'elles sont devenues ? Peut-être pas. Mais qui l'aurait été mieux qu'elles ? Romy est décédée d'une absorption contre-indiquée d'alcool et de médicaments. Comme Marilyn. Rumeurs de suicides en raison de vies devenues insupportables ? Sans doute quant à la raison. Mais infondées pour ce qui est d'actes délibérés, auxquels je refuse de croire.

Aujourd'hui, quel que soit le film de Romy que je vois ou revois (sur les 62 qu'elle a tournés, je pense en avoir vu la moitié) je ne peux m'empêcher de revivre une rencontre entre elle et moi, datant aujourd'hui de plus de quarante ans. C'était à l'aéroport de Genève-Cointrin, en 1981 ou 82. Si mon souvenir de la date exacte est imprécis, je pense que cela devait se situer après la disparition de son fils David. Parce que, malgré son sourire et sa gentillesse, elle avait dans le regard un voile qui en disait long sur sa détresse intérieure. Elle prenait l'avion pour Paris et, en qualité d'officiel (sans grande importance), je lui suis venu en aide dans une démarche relative au passage de la frontière. Dans mon souvenir, bien vivant, elle portait des vêtements plutôt légers, à dominante vert olive, elle m'a semblée relativement bronzée et avait tiré ses cheveux en arrière. Peut-être était-elle venue à Genève pour présenter, dans le "Spécial Cinéma" de Christian Defaye sur la TSR, son dernier film, "Garde à vue", sorti sur les écrans le 23 septembre 1981, jour de son 43ème anniversaire. Préposé au contrôle des passeports dans un service, équivalant helvète de la "Police de l'Air et des Frontières" française, elle m'a tendu son passeport allemand. L'ayant bien entendu immédiatement reconnue, je ne lui ai pas fait l'affront de contrôler ce dernier. Elle me remercia d'un grand sourire. Emu et débordant d'admiration, je la regardai s'éloigner. Mais elle fit très vite demi-tour, revint vers moi et me demanda à quel endroit devait-elle présenter une détaxe à l'exportation, destinée au service des douanes suisses. Par chance, la borne (commandée à distance) destinée à cela se trouvait à moins de dix mètres de ma guérite, ce que je lui ai indiqué. S'y étant rendue, après un court instant, elle se tourna à nouveau dans ma direction, affichant une moue explicite quant à l'usage malaisé de cette machine. Instruit à l'usage de l'instrument (fort peu ergonomique, je le reconnais), je quittai donc mon poste de travail afin d'aller l'assister dans sa démarche. Quelques passagers-ères se présentèrent encore à ma guérite, je leur fis signe de passer sans autre, le contrôle étant moins important au départ qu'à l'arrivée des vols. La merveilleuse comédienne a sans doute remarqué le trouble que constituait pour moi le fait de me trouver à ses côtés. Souriant et plaisantant quant à son incapacité à utiliser cette machine, elle a tout fait pour me mettre à l'aise. Et puis, l'opération terminée, elle m'a remercié et s'en est allée en me serrant la main, ce qui en dit long sur ses qualités humaines. Moi, j'étais sur un nuage. Et longtemps je me suis demandé si je n'avais pas rêvé. Mais non, ça s'est bien passé comme ça. Cette rencontre représente le plus beau cadeau que m'ait fait le 7ème Art. Il n'a pas duré beaucoup plus de deux ou trois minutes, mais il représente, et demeure depuis plus de 40 ans, un moment inoubliable, inscrit pour la vie dans ma mémoire.

 

 UNE RENCONTRE

 

Quand Romy me couvre de ce regard,

Je la revois dans cette aérogare,

Un peu perdue, émouvante et si belle.

 

Lorsqu’à son secours elle m’appelle,

Je crains soudain que mon cœur ne s’arrête.

Auprès d'elle, je la guide dans sa quête.

 

Souriant à mon trouble profond,

Elle sait que mon regard dans le sien fond ;

En me remerciant, elle me tend la main.

 

Puis elle s’en va. Rencontre sans lendemain.

​

Romy Schneider repose aux côtés de son fils David dans le cimetière de Boissy-sans-Avoir, (département des Yvelines). Je lui ai rendu visite en juin 2011 et juillet 2019.

Patrick DEWAERE, comédien, pianiste, compositeur français, 26 janvier 1947 - 16 juillet 1982

​

À l'instar de Bourvil et Jean Pierre Bacri, ce comédien m'a marqué comme peu d'autres à ce jour (si ce ne sont les colossaux Jack Nicholson et Joaquin Phoenix, aux Etats-Unis). Il émanait de ses performances d'acteur une telle vérité qu'il ne jouait pas : il était le personnage incarné. Même Depardieu, immense acteur (déchu)  aurait pu en prendre de la graine. Sur le web, Wikipédia lui consacre un article qui nécessiterait 45 pages A4. C'est dire si le sujet est important. Le 21 octobre 2022, France 5 diffusait le documentaire, présenté à Cannes cinq mois plus tôt, intitulé "Patrick Dewaere, mon héros", magnifique hommage que lui rend Alexandre Moix, commenté par Lola, la fille du comédien, aujourd'hui actrice, et qui n'avait que deux ans et demi au moment de la mort de son papa… 
Sur grand écran, je l'ai découvert dans "Les Mariés de l'An II", de Jean-Paul Rappeneau, en 1971, avec Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert. Rôle minuscule, il jouait un soldat de je ne sais quelle armée, l'action du film se déroulant du temps des Chouans (fin du 18ème siècle). Puis, trois ans plus tard, ce fut le pavé dans la mare que représentant "Les Valseuses", dans lequel le voyou macho qu'il interprétait aux côtés de Depardieu, et sous la direction de ce génie qu'est Bertrand Blier, passait son temps à voler, truander, violer et défier une société dont d'innombrables membres furent choqués, révoltés par ce duo de petites frappes représentant tout ce qu'ils détestent. Jouissif pour cette seule dernière raison, époustouflant pour la performance des deux acteurs mâles, sans oublier une Miou-Miou exceptionnelle. Âgé de vingt ans à la sortie de ce film, j'accomplissais mon service militaire et, en fin d'année, je préparais mon indépendance personnelle, révolté par une armée constellée d'abrutis galonnés, et par une paire parentale indigne de ce nom. C'est dire si "Les Valseuses" m'ont interpellé et fait du bien… 
A partir de cela, j'ai vu la majorité des 24 films qu'il a tournés, "Paradis pour tous" clôturant la liste, et sorti 40 jours après le décès de l'acteur. Si mon préféré est "Un mauvais fils", le seul qu'il ait tourné avec Claude Sautet, il n'y en aucun, absolument aucun qui m'ait déçu, fait unique dans ma relation passionnée avec le cinéma, les actrices et les acteurs. En plus des non-cités ici, j'ai particulièrement aimé "Le Juge Fayard dit le Shériff", "La meilleure façon de marcher", "Coup de tête", "Psy", "Mille milliards de dollars", "Série noire", "Hôtel des Amériques", "Beau-père", "F comme Fairbanks", "La clef sur la porte", "Adieu poulet". 
Pour moi, et depuis 40 ans, Patrick Dewaere n'a jamais eu de "successeur". Il y a eu Bourvil avant lui, Jean-Pierre Bacri après. Hélas, tous deux sont également partis sous d'autres cieux. Aujourd'hui, pour ce qui est du cinéma français, je ne vois qu'un possible futur immense acteur : Swan Arlaud, 44 ans déjà, et dont la véritable éclosion tarde un peu à venir, malheureusement…

Patrick Jean Marie Henri Bourdeaux, dit "Patrick Dewaere", car abandonné par son supposé père (le vrai étant en fait un chef d'orchestre nommé Michel Tétârd), est né deux ans après la fin de la guerre, mis au monde par Mado Maurin, de laquelle il adoptera le patronyme pour ses premiers rôles au cinéma (compliqué tout ça, et qui explique peut-être le manque de repères de l'artiste quant à ses racines). Il meurt au milieu de l'été 1982, par choix d'en finir avec la vie. Mort très exactement 48 jours après son équivalent féminin, Romy Schneider. Ces deux comédiens admirables n'ont hélas jamais tourné ensemble…

Le 26 juin 2020, en voyage dans la région d'Angers, je me suis arrêté à Saint-Lambert-du-Lattay (Maine et Loire), aujourd'hui faisant partie de la commune de Val-du-Layon. Au nord du village, dans le cimetière, une tombe banale, austère, presque anonyme est implantée le long de son mur sud. Aucun nom n'y est gravé, mais deux plaques y ont été apposées : sur la première, on peut lire : "A toi mon Patrick – Ta maman" ; sur la seconde "Patrick DEWAERE – De la part de Kiki – Je t'aime". J'ignore qui est Kiki, mais la sépulture appartient à la belle-famille du comédien, les Chalier, dont Elisabeth (dite Elsa) demeure la veuve de Patrick. Leur fille Lola, portrait tout craché de son papa, a passé toute son enfance dans ce petit village. L'entrée du cimetière est située sur la "Rue du Bon-Repos". J'espère que l'un de mes comédiens français préférés a su faire sienne cette appellation tellement méritée…

 

 

À PATRICK D.

​

Coup de tête ultime, au cœur d’un si bel été,
Usé, le cœur en peine et l’âme à la dérive,
Tu as décidé de passer sur l’autre rive,
Laissant ta famille et tes amis dévastés.

​

Cruelle Série noire, si la vie t’a brisé,
Le long de ce chemin des illusoires bonheurs,
Tes comptes enfin réglés, tu files à cent à l’heure :
La vie pour souffrir et la mort pour t’amuser.

​

Plein sud, cap affiché contre vents et marées,
Courageux, tu as décidé de t’amarrer
Au flanc très mortifère de la grande faucheuse :
Elle ne t’a pas laissé la moindre chance, la gueuse !

​

Dans ce Paradis pour tous figurant la mort,
Alangui sur le pré, et l’air un rien canaille,
Brin d’herbe entre les dents et cheveux en bataille,
Tu incarnes le rebelle en son dernier port.

​

Ne guérit-on jamais des blessures de l'enfance ?

Non ! On flotte sur leurs stigmates et leur cohorte,

Vivotant jusqu'à la fatale délivrance.

Alors, on s'en va, laissant la La clef sur la porte.

 

(En rouge, titres de cinq de ses films)

Dominique LAFFIN, comédienne française, 3 juin 1952 - 12 juin 1985

​

Cette hyper douée de la comédie était pour moi l'équivalente de Patrick Dewaere, meilleur acteur français de sa génération (et décédé presque'au même âge qu'elle). Cette comédienne au regard perpétuellement triste à l'écran, n'en était pas moins éblouissante dans tout ce qu'elle interprétait : "La femme qui pleure", "Dites-lui que je l'aime", "Chiedo asilo", "L'empreinte des géants", "Garçon", "La nuit tous les chats sont gris", "Les petits câlins", sept films que j'ai vus, aimés, et autant de rôles bouleversants dans lesquels cette artiste exceptionnelle, à l'air si fragile, s'était totalement investie. Hélas, le 12 juin 1985, soit neuf jours après son 33ème anniversaire, elle s'en est allée pour toujours. Perte gigantesque pour le cinéma européen.

En juillet 2008, passant quelques jours de vacances avec mes filles à Paris, je suis allé lui rendre visite dans sa dernière demeure, au cimetière de Montmartre, là où elle repose (tout près de François Truffaut, décédé 9 mois avant elle) depuis 40 longues années. Décédée à l'âge totalement indécent de 33 ans, les quelques roses sur sa tombe sont un cadeau personnel...

Serge REGGIANI, comédien, chanteur, peintre italo-français, 2 mai 1922 - 23 juillet 2004

​

Après le décès de Jacques Brel, qui monopolisait la majorité de mes écoutes masculines de musique, il m'a fallu me mettre à la recherche d'un autre chanteur. Serge Reggiani fut celui-là. Uniquement interprète, il avait le bon goût de s'entourer d'auteurs et de compositeurs de textes et musiques de grande qualité. Comme son prédécessuer, j'ai acquis, dans les années 80, tout son répertoire sur disques 33 tours. Et puis, à la fin de ces années-là, j'ai connu le bonheur de le rencontrer dans ma profession d'alors.

Il débarquait d'un vol arrivant de Rome. Dernier passager à se présenter au contrôle des identités, il marchait lentement et semblait avoir quelque peine à tenir la ligne droite. Arrivé devant moi, cherchant et ne trouvant pas son passeport, je ne l'ai pas fait plus attendre, et l'ai invité à passer le contrôle sans autre. Après quoi, j'ai quitté mon poste et l'ai rejoint pour lui dire que le soir même je serais dans la salle de spectacle du Grand-Casino de Genève (aujourd'hui Théâtre du Léman) pour assister à son récital. J'ai renchéri en lui avouant que ce serait la 3ème (ou 4ème fois, je ne sais plus) que je viendrais l'applaudir, lui qui était alors mon interprète préféré dans la chanson française. Ça l'a visiblement touché, et il m'a invité à passer le voir dans sa loge après le spectacle. C'était l'époque où il connaissait certains problèmes liés à l'alcool. Relation de cause à effet ou pas, sa mémoire lui jouait des tours et, lors de ce récital-là, une personne se trouvait non loin de lui, plus ou moins dissimulée derrière le piano, afin de lui souffler (crier serait plus juste) les premiers mots de chaque strophe de ses chansons. Ce fut très dur et très émouvant à voir cet immense acteur et interprète dans cet état, même si la bête de scène qu'il était n'avait rien perdu de son talent pour ce qui est de vivre et d'interpréter, à grands gestes et mimiques, chacune de ses chansons. Après le spectacle, désirant aller le voir, l'entrée des coulisses me fut strictement interdite par un garde de sécurité intraitable. Quelle déception ! Serge Reggiani, dont j'ai aimé également tout ce qu'il a tourné au cinéma, repose dans le cimetière du Montparnasse, à Paris, et je lui ai rendu visite en juillet 2008.

Je suis mort un soir d'été

Jeudi 5 juillet 2001. Hier mes filles et moi sommes rentrés d'un voyage au Futuroscope de Poitiers. Quatre jours extraordinaires, jalonnés de moments de partage, de rires et de grand bonheur. Mais aussi, aux moments de solitude, d'une profonde tristesse. Parce que je savais qu'à notre retour, j'allais pénétrer dans une période sans doute la plus pénible de ma vie…
Je n’ai pratiquement pas dormi de la nuit. Après le réveil et le petit-déjeuner, je profite une dernière fois du plaisir intense que me procure mes deux puces jouant sur la pelouse avec la petite chatte Chipie, appartenant à l’aînée. Et je tente de dédramatiser : la vie continuera, et je puiserai en Maeva et Céline, lors de nos prochains week-ends ensemble, la force qui me maintiendra en vie. Et puis, leur mère et moi tentant de tout faire pour réussir notre séparation, contrairement à notre mariage, nous avons convenu que je pourrai leur rendre visite aussi souvent qu'il me plaira, dans les limites de leur disponibilité.

Midi. Repas. Pas faim. La brûlure s'intensifie. La morsure me bouffe les entrailles. L'espoir et les résolutions du matin s'envolent. Le désarroi devient total. Je refuse d'y croire. Il m'est impossible d'imaginer cette maison sans leurs cris, sans leurs rires. Mais l'heure approche à pas de géant. Il a été convenu avec leur grand-mère maternelle qu’elle se chargerait de les emmener vers leur nouveau domicile. Simplement parce que, s’il m’eût été agréable d’effectuer le trajet aller, je n’imaginais pas pouvoir rentrer chez moi seul au volant de ma voiture. Trop dur. Impossible. L'après-midi se poursuit et ma douleur devient gigantesque. Et si leur grand-mère n'arrivait pas...
Mais, soudainement, l'inéluctable se produit : la voiture se profile à l'horizon, ses pneus crissent sur le gravier dans la descente menant au garage. Cœur battant la chamade, et puisant dans les tréfonds de mes entrailles un semblant de courage et de dignité, je serre très fort mes filles contre moi, les embrasse tendrement, tentant et réussissant, je ne sais par quel miracle, à faire bonne figure. Ne semblant pas trop perturbées, elles me rendent mon étreinte et, très vite, elles grimpent dans cette voiture qui les emmène à cent trente kilomètres de Cessy, chez leur mère qui m’a quitté depuis six mois. Produisant un effort surhumain pour essayer de sourire un peu, je leur adresse un petit signe de la main. La voiture démarre. Dernières mains agitées et l'auto disparaît. Maeva, 10 ans et demi, et Céline, 9 ans, s'en sont allées. Définitivement ! Leur éducation n'est désormais plus de mon ressort. Alors, je rentre en trombe dans le garage et referme la porte derrière moi, cherchant un trou de souris dans lequel me blottir. Je n'en trouve pas. Perdu dans ce sous-sol, je me laisse glisser contre l'un de ses murs et demeure là, en larmes, et en proie à une irrépressible envie de mourir.

5 juillet 2025 ________________________________________________

Apostat et fier de l'être !

Ça fait des décennies que j'ai renié cette foi chrétienne que mes géniteurs m'ont inculquée par la force, via le baptême, la communion, la confession et la confirmation. Ma mère aurait été si fière que je devienne un cureton de province, voire plus… La religion catholique est la première secte du monde, constellée de pédophiles, de dignitaires de tous rangs qui luttent de toute leurs forces contre l'infâme prescription de tels faits, lorsque ceux-ci sont dénoncés. Elle me dégoûte et me révolte. En Valais, l'abbaye de saint-maurice (je lui refuse la majuscule des noms propres !) vient d'être confirmée coupable de tels faits, ayant eu cours depuis plusieurs décennies. L'ignominie est toujours la même : les responsables savaient, se taisaient et, si les affaires devenaient connues, déplaçaient les criminels dans d'autres lieux de culte ou d'enseignement.

Mettre les pieds sur le sol ou poser mon cul sur les bancs d'une église m'est insupportable et, excepté pour les obsèques de mes parents il y a 9 et 6 ans, je ne l'ai plus fait depuis un nombre incalculable d'années. Le catholicisme, à part ça, est responsable de la majorité des maux actuels de la planète. Colonisation, évangélisation, esclavagisme, inquisition, majoritairement favorisés par lui, ont causé des centaines de millions de morts, surtout dans les Amériques, en Afrique, dans le Sud-est asiatique et l'Océanie en moins de cinq siècles. Et trop, beaucoup trop de gens pensent encore que l'Holocauste, aussi horrible et barbare qu'elle fût, est la plus grande catastrophe humanitaire jamais perpétrée par le genre soi-disant le plus évolué de la planète. Quel aveuglement, quelle répugnance que de constater à quel point l'humain refuse de voir une réalité pourtant évidente.

Seul être vivant dans le monde à être préoccupé par sa mort (et le vide sidéral qui la suit) au point de se réfugier dans la prière et l'offrande aux religions, l'humain est la plus grande catastrophe que la nature ait engendré dans ses 4,5 milliards d'années d'existence à gérer le rythme et la consistance des jours sur ce globe de moins en moins bleuté.

Dieu n'existe pas ! Marie s'est fait engrosser par son Joseph. Et leur union a donné naissance au plus grand imposteur historique de ces 20 derniers siècles. Comme les autres religions, toutes miroirs aux alouettes, le christianisme, dont les neuf premières lettres constituent mon prénom légal (quelle horreur !), devra disparaître pour que les hommes et les femmes touchent enfin au réel bonheur de la vie. Et avec ce qu'il se passe aujourd'hui dans le monde, ils et elles ne sont pas à la veille d'y accéder…

 

Curtis B., apostat diplômé et pourfendeur de la crédulité humaine

21 juin 2025 _________________________________________________

Le foot, un sport de femmes ?

Certainement pas ! Elles sont beaucoup trop bien pour verser dans le sport le plus pourri de la planète. Quand j'avais 12 ans, j'ai commencé à y jouer, recruté par la section sportive de mon village (Cortaillod – NE). Le seul poste qui m'intéressait était celui de gardien de but. Après moins de cinq séances d'entraînement, je jetais l'éponge : plusieurs foulures aux doigts, qui tentaient de stopper le ballon, m'ont dégouté. Je me suis alors tourné vers la gymnastique, sans enthousiasme, puis vers le tir sportif dès mes 17 ans, avec pas mal de succès (vice champion romand junior par équipe de tir sportif à 300 mètres). Adulte, j'ai pratiqué le tennis durant 15 ans environ (1980-1995). Puis je suis devenu papa, et j'ai abandonné le sport intensif.

Mais il me passionnait toujours. En 1972, les Jeux olympiques d'hiver avaient lieu à Sapporo (Japon). Les Suissesses et Suisses y récoltèrent une grande quantité de médailles. Je suivis leurs exploits à la télé, et je me souviens voir passé jusqu'à huit heures consécutives devant mon poste. Tous les sports m'intéressaient, sauf le patinage artistique masculin. Celui des femmes me passionnait, car la grâce artistique est faite pour elle, uniquement pour elle. Je considère que certaines pratiques sont faites pour les hommes, et d'autre pour les femmes. C'est ainsi et je n'y peux rien.

​

Pourris par le fric, aujourd'hui le foot me dégoute et le tennis aussi. En athlétisme, seul sport que je suis encore régulièrement (et quelques descentes à ski en hiver) sur la boîte à inepties (TV), le lancer du poids et du marteau féminin m'indiffèrent totalement. Dans la danse, je trouve les hommes risibles, voire ridicules. En 2022, dans son film "En corps", Cédric Klapisch met en scène la carrière d'une danseuse qui se blesse gravement lors d'un spectacle. J'ai adoré ce film et l'ai vu deux fois en salle, trois en DVD. Si un mec avait été choisi pour le premier rôle par le réalisateur, je ne me serais même pas déplacé pour voir le film.  

Mais il n'y a pas que le sport et l'activité artistique. En politique, retirez 80 % des hommes placés à la tête des États, remplacez-les par des femmes, et vous aurez diminué les guerres dans la même proportion. Ça fait 200'000 ans que l'humain couillu fait chier le monde (féminin surtout) ! 200'000 ans qu'il dirige, domine, écrase, règne en maître absolu sur la planète. Et je trouve ça désespérant. En 2023, en Suisse, à travail égal, les femmes gagnaient encore 19 % de moins que les mecs. Pays de m… qui, dans les médias ne cesse de vanter cette terre idyllique, en paix, heureuse comme nulle autre nation. Fuck U all !

Cependant, un jour viendra où les femmes pourront niquer les machos de tous genres. Hélas ce ne sera qu'à la fin du règne humain, lorsque les hommes auront perdu la totalité de leur fertilité. Et comme elles vivent plus longtemps qu'eux, sur une courte période (hélas), elles pourront faire la fête entre elles, boire tout le champagne qu'elles veulent et, conséquence, aller pisser sans soucis sur leurs tombes…

4 juin 2025 _________________________________________________

Le traitement de la douleur...

... en milieu hospitalier est un sujet qui fait débat depuis des dizaines d'années. Si certains prennent le problème très à cœur, d’autres semblent s’en foutre royalement. Ayant été 21 fois hospitalisé et opéré 9 fois, je peux ainsi modestement prétendre connaître un petit peu le problème. D’accord, je suis un privilégié. Parce que, dans les maux ayant nécessité ces opérations, à part pour une péritonite opérée à la limite, mes pronostics vitaux n’ont jamais été engagés et je n’ai, jusqu’ici, souffert d’aucune maladie très grave (à part une polio dont je suis sorti miraculeusement presque indemne en 1957). N’empêche ! Certains maux chroniques peuvent se révéler d'une violence extrême, et une opération reste un acte chirurgical pouvant être accompagné, plus ou moins longuement, de traumatismes très douloureux. Et ici, je ne parle que de ce que je connais. Que dire alors de celles et ceux qui, gravement blessé(e)s ou en fin extrêmement pénible de vie, doivent en plus subir ce manque de considération, de respect, cette incompréhension manifeste d’un état physique et moral qui mérite pourtant les plus grands égards ?

Je suis douillet ? Hypersensible à la douleur ? Peut-être. Mais je n’y peux rien. Et personne ne peut se mettre à ma place pour évaluer cette dernière. En 1999, opéré à l'hôpital de la Tour à Meyrin, on a procédé sur ma personne à l'ablation du sigmoïde, partie en S de la dernière part du colon. Après quelques heures, j'ai ressenti d'intenses douleurs, et ai demandé un médicament plus efficace : un peu de morphine par exemple, ce que l'on accordait déjà à l'époque. Le personnel soignant refusa catégoriquement ma demande.

En 2012, à l'Hôpital de Nyon, on m'a implantée une prothèse du genou. Moins de 24 heures après le réveil, j'ai été saisi de douleurs violentes, tout le long de la jambe opérée. Pour simple médicament, on m'a "accordé" un Dafalgan 1g, anti-douleur qui ne me fait peu d'effet. J'ai demandé quelque-chose de plus efficace, par exemple de la morphine, La cheffe-infirmière m'a répondu que cela ne faisait pas partie de la politique de la maison. (!!!)
D'autre part, ça fait 43 ans que je souffre de coliques néphrétiques. Le nombre de calculs évacués est incalculable (vraiment beaucoup étant jeune, moins maintenant). Point commun de toutes ces crises : des douleurs indescriptibles. Lors de la première, ne sachant pas encore de quoi je souffrais, à terre, incapable de me servir du téléphone, j’étais persuadé être en train de mourir…

​

Pourquoi toutes ces considérations ? Pas pour que l'on me plaigne, parce que j'ai horreur de ça ! Mais simplement pour affirmer que j'en ai marre de ces souffrances physiques. Je suis à bout, sans doute pour la bonne raison que je ne les supporte plus. Ce que je vais écrire maintenant passera sans doute pour ahurissant aux yeux de certains mais, au paroxysme des douleurs de cette horrible nuit de Nyon en 2012, pendant plusieurs minutes une image s'est imposée à mon esprit : je me voyais aux côtés d'Ania, l'héroïne de mon roman, dans le camp de concentration et d'extermination de Lunblin (Pologne). Eh bien, dans mon délire, je voyais un médecin s'approcher de moi avec une seringue remplie de phénol, prêt à m'injecter dans le cœur ce poison utilisé par les nazis pour tuer rapidement les déportés en camp d'extermination. Et moi, ne songeant qu'à la délivrance, je lui disais simplement : allez-y ! Et je voyais Ania s'approcher de moi et me tendre la main. Le moment était venu de la rejoindre…

Le 13 avril dernier, j'ai quitté l'Inselspital de Bern (réputé être l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur de Suisse). Hospitalisé pour des problèmes de dos en récidive après une opération, laquelle est responsable (semble-t-il, car aucune certitude n'est acquise de la part des neurochirurgiens) de violents maux de tête. 3 IRM et 2 Scanners ont révélé du sang en périphérie du cerveau. En fin de séjour, si le mal de tête a totalement disparu, ce ne fut pas le cas pour ce qui est de celui des lombaires. Deux fois, j'ai demandé un soulagement autre que le paracétamol, deux fois on me l'a refusé. Pour m'administrer un léger anti-inflammatoire au moins trois heures après…

Je n’en veux nullement aux infirmières, qui pratiquent un métier extrêmement difficile (ce ne sont pas elles qui décident des traitements). J’ai pour elles une admiration sans bornes et les tiens dans une considération au-dessus de tout. Idem pour la plupart des médecins qui m’ont soigné dès l’âge de trois ans (polio). Mais certains (beaucoup) de ceux qui décident des méthodes de traitement de la douleur appliquées dans les établissements médicaux, ne sont à mon avis pas assez conscients de la responsabilité qui est la leur envers des millions de personnes souffrant très gravement de douleurs qu’ils semblent manifestement sous-estimer, sans que je puisse comprendre pour quelle raison…
Et que l'Inselspital semble tenir cette politique-là, (déjà rapportée par une personne il y a trois ans), ça me fait littéralement tomber les chaussettes !...

Je ne terminerai pas sans dire que, hospitalisé neuf fois en tout dans les trois hôpitaux fribourgeois entre 2018 à 2025, je n'ai jamais rencontré ce genre de problématique dans aucun d'entre eux. Respect !

14 avril 2025 ______________________________________

La barbarie à visage humain (extrait).

"Je suis l'enfant naturel d'un couple diabolique, le fascisme et le stalinisme. Je suis le contemporain d'un étrange crépuscule ou seuls croulent les nuages, dans le fracas des armes et la crainte des suppliciés. Je ne sais d'autre Révolution dont le siècle puisse s'illustrer, que celle de la peste brune et du fascisme rouge. Hitler n'est pas mort à Berlin, il a gagné la guerre, vainqueur de ses vainqueurs, dans cette nuit de pierre où il précipita l'Europe. Staline n'est pas mort à Moscou ni au XXème congrès, il est là, parmi nous, passager clandestin d'une Histoire qu'il continue de hanter et de ployer à sa démence. Le monde va bien, dites-vous ? Sûr en tous cas qu'il va puisqu'il ne tourne pas. Mais jamais la volonté de mort ne s'était aussi crûment, aussi cyniquement déchaînée. Pour la première fois, les dieux nous ont quittés, las sans doute de s'égarer sur la plaine calcinée où nous faisons notre demeure. Et j'écris, oui j'écris à l'âge d'une barbarie qui, déjà, silencieusement, refait le lit des hommes. Si j'étais poète je chanterais l'horreur de vivre et les nouveaux Archipels que demain nous prépare. Si j'étais musicien, je dirais les rires imbéciles et les pleurs impuissants, l'atroce tohu-bohu que font les égarés tandis que, campant dans les ruines, ils attendent le coup du sort. Si j'avais été peintre, mais Courbet mieux que David, j'aurais figuré le ciel aux couleurs de poussière qui pèse sur Santiago, Luanda ou la Kolyma. Mais je ne suis ni peintre, ni musicien, ni poète. Je suis philosophe, manieur d'idées et de mots, et de mots concassés, rouis déjà par les sots. Alors je me contenterai, avec les mots de ma langue, de dire les charniers, les camps et les cortèges de la mort, ceux que j'ai vu et ceux dont je me souviens aussi. D'expliquer le totalitarisme nouveau de ces Princes au sourire qui parfois, de surcroît, promettent aux peuples le bonheur."

 

Bernard-Henri Lévy - 1979

Texte magnifique, qui figure parmi les plus beaux, les plus intenses que j'aie jamais lus. Il a 46 ans et, plus que jamais, il est toujours d'actualité...

2 avril 2025 _________________________________________________

Elle a 9 mois aujourd'hui

Lorsque j'arrive, pénétrant silencieusement dans l'appartement, elle se trouve dans les bras de sa maman (ma fille cadette) ou de son papa (son mari). Elle m'aperçoit, et met moins de deux secondes pour me reconnaître. Alors avec un sourire radieux, lumineux, elle agite les bras, puis tout le corps, en poussant de petits cris. Je m'approche et saisit ses mains tendues. Je retrouve ma petite-fille, j'en suis tout ému, profondément touché par autant d'enthousiasme de sa part. Je craque littéralement, en la prenant dans mes bras, et l'embrasse tendrement.

Mes filles exceptées, je n'ai pas souvenir d'un accueil aussi chaleureux de la part d'un petit être de moins d'une année. Ni même de tout autre âge que ce soit. Je l'aime profondément, de tout mon cœur, et les deux journées hebdomadaires que je passe à m'occuper d'elle me sont devenues presque indispensables. Elle est mon bonheur, ma joie, celle qui fait que la noirceur de certains de mes jours s'illumine d'un rayon de soleil salvateur et immensément réconfortant.

24 février 2025 _______________________________________________

margaux.jpg

RTS Première, quel désastre !

Y'a longtemps qu'ça mijotait dans ma caboche. Mais là, la soupape de sécurité a parfaitement rempli sa fonction : trop c'est trop ! Ces ondes nationales, passées dernièrement à un DAB+ catastrophique par les coupures incessantes qu'il engendre, programment et reprogramment sans fin des rediffusions inadmissibles. Trois exemples parmi tant d'autres : "Histoire vivante", "Monumental" et "La belle échappée". Si l'on pourrait tolérer des rediffusions semestrielles ou annuelles, celles-ci monopolisent l'antenne à un rythme hebdomadaire, voire plus court encore. 
Mais si y'avait qu'ça… Dans "Drôle d'époque", chaque après-midi de la semaine Simon Matthey-Doret, l'animateur à l'égo démesuré, monopolise la parole, faisant étalage de sa culture, omniprésente pédante, chiante, et coupant sans cesse les interventions de sa coprésentatrice, la très subtile et modeste Mélanie Croubalian, réduite au rang de simple faire-valoir par un vilain et insupportable machiste. Et puis, dans "Vertigo", y'a Pierre Philippe Cadert. Alors, lui, c'est l'pompon ! Ce gugusse, majoritairement aux manettes vocales, pollue les ondes par son rire et ses ricanements débiles qui suivent systématiquement toutes ses phrases et questions. Insupportable lui aussi ! Heureusement qu'Anne Laure Gannac, sa très compétente suppléante, n'est pas atteinte de la même tare.
La redevance annuelle à 365 balles, que la SSR défend becs et ongles, est une infamie et une attaque inadmissible aux portemonnaies de ses auditeurs. Personnellement, je suis pour une taxe à 52.- CHF par an, et pas un kopek de plus. Un franc par semaine, c'est largement suffisant. Et si le budget ne suffit pas ainsi, y z'ont qu'à balancer de la pub sur leurs ondes ringardes. Ça nous fera quelques bols d'air frais pour reprendre notre souffle.
Ah, oui, j'allais oublier : les vacances d'été, même si elles sont encore loin, me glacent déjà le sang. Parce que RTS Première va sans doute (comme ces dernières années) nous imposer, chaque après-midi de la semaine, sa traditionnelle bombasse valaisanne naze de Mase, Manuela M. et ses élucubrations surréalistes sur tout et n'importe quoi faisant son bonheur quotidien.
RTS, quelle tristesse ! 14 centimes par jour que j'vous dis…

Daniel Rabier (pour rire un peu)

Quasiment inconnu il y a encore 4 ou 5 ans, ce gars crève aujourd'hui l'audimat (youtubien). Interdit de télé tant certains de ses sketches sont "limites", sa grossièreté n'a d'égale que son imagination. Grossier oui, mais pas vulgaire (comme disait Coluche). A chaque vanne qu'il balance, l'on se demande où il est allé la chercher. Voici un des nombreux extraits de ses spectacles que l'on peut trouver sur YouTube. Je l'ai choisi parce que, pour ce qui concerne les cas limites, il est loin d'atteindre le sommet, tout en étant extrêmement drôle, et spirituel, notamment à la fin du sketch. Beaucoup de standupers-euses actuels pourraient en prendre de la graine... 

11 février 2025 ___________________________________________________

Sous les soutanes

Sous les sombres soutanes de pervers religieux, frétillent des quéquettes en liberté, prêtes à jaillir de leur saint-habit, symbole odieux d'un clergé à la dérive, au service d'un dieu atteint d'une cécité millénaire (pour les uns, et inexistant pour les autres, dont je fais partie). Dressées comme des statues au garde-à-vous, guettant l'éphèbe, le pré-ado, l'enfant de chœur au cœur si pur, les bites de ces sagouins sévissent sans vergogne, protégées par le statut inattaquable de ceux qui en usent sous couvert de serviteurs de l'éternel. Curés, prêtres, vicaires, chanoines, évêques, cardinaux, coupables ou complices par leur silence, religieux cathos de tous bords, ils me dégoûtent tous, me répugnent, et entretiennent en moi une envie de gerber à chaque révélation de leur minable et abjecte perversion. 
Lâches fripouilles abusant de la crédulité de leurs victimes, ils ne méritent que le bûcher, la mort à petit feu, l'enfer éternel et purificateur (le vrai, l'authentique, pas celui qui foutait la trouille à leurs petites victimes). Tout comme celles et ceux qui, prêts à les absoudre, prient pour leur rédemption, pour qu'on leur pardonne : Et sans la moindre compassion pour les victimes, brisées à jamais par l'infamie des actes odieux qu'ils ont subis, au fond d'une sacristie, dans le lit de leur internat, sous la tente d'un camp de scouts, ou tout autre endroit propice à l'infâmie et la dissimulation. Catho de naissance, baptisé, premier communiant, confirmé, confessé, catéchisé, l'abusé que j'ai été renie tout cela en bloc, rage entre les dents, poing vengeur dressé en direction du ciel et jusqu'à la fin des temps.

17 janvier 2025 __________________________________________________

Au bonheur des jours
Lorsque j'arrive, ayant entendu la porte d'entrée s'ouvrir, elle regarde déjà dans ma direction. Il lui faut moins de trois seconde pour réagir. Et tout de suite s'affiche un large sourire sur son visage, ses yeux s'illuminent, et ses bras, ses jambes, tout son corps s'agite. Elle me reconnaît ! Et moi je fonds littéralement. Voir une personne, quelle qu'elle soit, afficher une telle manifestation d'enthousiasme et de joie lors de mon apparition, c'est une chose à laquelle je ne suis pas habitué, ou qui a peut-être (sans doute même) existé mais que j'ai oubliée.

Dans la "mornitude" qu'est devenue ma vie, ces quelques heures que je vais passer avec ma petite-fille, sont quelque chose d'extrêmement réconfortant, une pause revigorante qui, je le constate, m'est presque devenue indispensable. Je m'occupe d'elle, lui donne à manger, la distrait et veille sur elle comme si ma propre vie en dépendait. Aux commandes de sa poussette, nous parcourons tous deux en moyenne 8 kilomètres par jour, pour autant que la météo soit coopérative. Je pense être un grand marcheur, j'en ai besoin, mais mes balades sans elle sont devenues presque ennuyeuses.
Bon, ce petit bout de chou n'a que sept mois et demi, et il faudra encore au moins quatre fois ce laps de temps pour que, si elle ne me voyait plus, garder un petit souvenir de moi, son grand-père maternel qui en vient à supplier Alzheimer de ne pas s'en prendre à ma mémoire, tant la voir grandir, évoluer, s'intéresser à tout ce qui l'entoure, me ravissent, me font du bien, et creusent moi le sillon d'un amour petit-filial que je n'aurais jamais envisagé d'une telle intensité. 
Et même si je la vois moins souvent que Margaux, il en va de même pour sa cousine Lyne, de dix-huit mois son ainée. 
Parents, qui élevez vos descendants directs, dites-vous bien que l'enfance que vous leur réservez deviendra absolument primordiale dans et pour tout le reste de leur vie. N'oubliez jamais cela…

11 janvier 2025 _______________________________________________________

Un an de plus ou une année de trop ?...

 

Le temps passe et me rapproche lentement de la fin de mon 3ème quart de siècle. Encore 1'500 et quelques jours. Les belles espérances de l'enfance ne sont plus que souvenirs, celles de l'âge adulte désillusions, mises à part les onze années vécues auprès de mes filles. Mes histoires d'amour ont toutes fini en queue de poisson, en cul-de-sac dans de sombres ruelles. Les bons moments de ma vie professionnelles furent rares, mais je pense avoir su les apprécier à leur plus juste valeur. Aujourd'hui, mes yeux ne brillent plus qu'au travers de ceux de mes deux petites-filles, que j'adore. Leurs parents sont heureux et font plaisir à voir. L'avenir leur appartient et je leur fais confiance pour ce qui est de le gérer dans les meilleures conditions possibles. Même si, au vu de ce qui se passe aujourd'hui dans le monde, le futur me fait très peur…

 

Depuis trois ou quatre ans, ma santé a subi diverses atteintes. Sans être graves, elles sont de plus en plus handicapantes : les antalgiques et autres analgésiques font que je tiens encore debout, mais avec un équilibre de plus en plus aléatoire. Ma consommation est à son paroxysme, et je ne vois pas, dans les divers autres traitements médicaux, une solution possiblement valable. L'âge a accompli sa sape, favorisé par une polio juvénile qui a, et les statistiques le prouvent, contribué à la rendre plus évidente encore. 

 

Alors que faire ? Je ne sais pas. Trouver un 21ème domicile, après 8 mois de recherche, s'avère très ardu, voire impossible. Et de toute façon, vivre dans un pays qui, par votations interposées, est placé sous le joug des germanophones m'est devenu très difficile à supporter. Je suis désormais un fervent séparatiste romand (ou latin), sans doute sous l'influence de mon origine jurassienne. Donc, il faudrait peut-être que j'envisage de migrer. Vers des terres lointaines où il fait encore bon vivre, ou alors vers une organisation qui propose la migration définitive et libre de toute douleur : EXIT ! J'en suis là en ce 1er janvier 2025.

 

Au peu de personnes qui me lisent sur ce site, je souhaite une année à venir la plus paisible et rassurante possible, vécue dans un amour de tous les instants.

1er janvier 2025 __________________________________________________

Nostra Damus réparée
Le weekend prochain, d'immenses festivités seront organisées à Paris, afin de célébrer la réouverture de sa cathédrale, gravement endommagée en avril 2019 à la suite d'un incendie. Notre-Dame verra défiler tout le gratin ecclésiastique et politique du pays. Plus de 50 chefs d'Etats ont déjà fait part de leur présence. Plus de 6'000 policiers seront là pour sécuriser tout le bazar. Et une foule innombrable se rendra bien entendu sur place. Les chrétiens trouveront ainsi un moyen de se rassurer, de se serrer les coudes après les scandales sans fin de la déviance pédophile et sexuellement violente de ceux qui sont au service de la religion catho. Au-dessus de leurs têtes, l'abbé Pierre défilera sur un nuage gonflé par l'indignité et le mépris récemment engendrés. Les abuseurs cléricaux de tous genres planeront entre les piliers du monument, restauré à coups de centaines de millions d'euros. Et Notre-Dame, la maîtresse des lieux, fermera pudiquement les yeux sur cette infâme gangrène qui, depuis des décennies, a fait perdre toute sa légitimité à la seconde religion mondiale (derrière l'islam). 
Une religion dont j'ai hérité à ma naissance, tel un cadeau empoisonné. Première injustice ! La deuxième aura lieu 9 ans plus tard, dans la sacristie d'une église. La troisième prendra effet immédiatement après, car élevé dans la croyance de géniteurs aveugles. Il n'y en aura pas d'autre, puisque dès la fin de mon adolescence, je renierai définitivement cette secte, coupable de tant et tant de méfaits et de crimes tout au long de ses 2'000 années d'existence. Dimanche prochain, nous serons le 8 décembre : fête de l'immaculée conception, et jour férié dans de nombreux pays cathos. La vierge Marie le restera toujours, car fécondée par le saint-esprit ! Miraculeux ? Risible, surtout. Car épisode initial d'une histoire prétendue sainte, truffée de mensonges, d'adaptations destinées à rendre les croyant(e)s plus croyant(e)s encore, et d'une distillation de peurs diverses, ayant pour seul but de leur faire éviter les péchés, dont plusieurs sont prétendus mortels.
Finalement, je me demande si la principale injustice subie au cours de mon existence ne serait pas celle d'être né avant la disparition inévitable de toutes ces religions, responsables aujourd'hui encore de plus d 95 % de toutes les guerres ayant réduit le monde à ce qu'il est devenu en cet effarant début de 21ème siècle…
Alea jacta es, ite missa est !

3 décembre 2024 _________________________________________________

CAM6.jpg

Que passe le temps…

 

Il y a bien longtemps,

Avec le temps qui passe,

Que le fardeau des ans

Pèse sur ma carcasse.

 

Il y a très longtemps

Que mes fleurs sont fanées.

Faux espoirs de printemps,

Illusoires et damnés

 

Il y a trop longtemps

Que le bonheur a fui,

Que ces trop courts instants

De joie se sont enfuis.

 

Il y a si longtemps

Que tu t'en es allée,

Celia, bien trop de temps

Sans pouvoir t’oublier.

 

Il y a cinquante ans,

Toute une éternité,

Que sont morts mes vingt ans,

Et ce que j’ai été.

24 novembre 2024 _______________________________________________

Le sablier

Il est tard. Le temps se gâte. Il faut rentrer au port. Mais je peine encore à distinguer le phare. La brise soulève l'écume des vagues, poussées loin de l'estran désert. Autant que dans mon cœur, baisse la marée. Mes yeux repus se sont trop abreuvés de soleil. Ils n'en peuvent plus ! L'au-delà m'est inconnu. Contrées illusoires où, brune ingénue, tu ne promènes plus ta silhouette imprimée dans ma mémoire. Aux sables mouvants, aux bords tourmentés et sombres du temps, bientôt je vais me confronter. Rejeté par la mer, la terre va m'engloutir. A moins que le crépuscule ne me laisse mort, réduit en cendres par un brasier dans lequel, tous les soirs, même l'astre céleste disparaît, tel une toupie aspirée par la course effrénée du temps. Que me reste-t-il à vivre ? Du monde que j'aimais j'ai presque tout vu, en lui presque tout vécu. Ce qu'il est devenu ne me touche plus. J'en garderai le souvenir flétri, dans un coin de cerveau qui ne l'est pas moins, de toi qui semblais me tendre la main.

 

C'était il y a plus de vingt ans, en novembre. Au premier de ces quatre mois que je hais depuis toujours. Il fallait que tu sois là. Pour atténuer ma peine, pour surseoir à ce petit trépas qui, sournois, revenait à chaque milieu d'automne. Ça n'a pas changé. Sosie troublant de la cinématographique "Trinity" (Carrie-Anne Moss), tes cheveux noirs virevoltaient dans le vent frais du soir. Tes yeux, hésitant entre pers et marron, se sont soudés au bleu des miens. Certain de ne pas être visé, je me suis retourné : derrière moi, il n'y avait personne. Alors j'ai plongé, me suis noyé, basculant à corps perdu dans une autre vie. Celle d'un Amour. Mais ce fut bien court. Cueilli en septembre, le fruit de la passion se dégustait en octobre, puis en novembre. En décembre tu dormais dans ma chambre. Et puis, deux mois de plus et tu t'en allais. Comme tu étais venue. Mais pour toujours ! En février, dans le froid, sous la neige, alors que, cœur aux abois, j'avais le plus besoin de toi. Au carrefour de mes rendez-vous manqués, tu t'engageais sur le plus large des boulevards. C'était la 5ème Avenue, les Champs-Elysées !

​

D'autres sont venues. Aucune n'est restée. Aujourd’hui le feu ne brûle plus, faute d'être alimenté. Et sous les cendres qu’il a laissées, plus rien ne pousse. Dans le fond de mon cœur résigné, les terres fertiles ont fait place à la brousse. Des champs calcinés, chante le poète, souvent renaît le blé. Vois-tu, cher Jacques, les miens sont morts, bien avant d'avoir passé l’âge d’y croire encore. Depuis quelques temps, le cœur en berne et l'âme à la dérive, je rêve de reprendre l'air, de traverser deux océans pour, à bord d'un navire ailé, retrouver cette terre que tu avais tant aimée, mais qui t'a englouti. Pour te voir une troisième fois. Après neuf années, et trente-trois de plus encore. Pour te confirmer que d’un amour perdu, il ne faut rien attendre. Et pour que tu m'entendes, face aux vagues en furie du Pacifique, crier mon désespoir, insulter Dieu, et lancer des pierres au ciel. Comme tu l'as fait après "ton dernier repas". Beaucoup de tes vaines espérances, l'ami, ont toutes été les miennes ! Et si je semble encore en vie, c’est que la mort en a revêtu l’habit. On se souvient bien plus longtemps de ses amours, que le temps qu'il faut pour les oublier. Passe le temps, défilent les années, il sera bientôt l’heure de retourner, une dernière fois, ce maudit sablier…

23 septembre  2024 ___________________________________________________

MARISA

Souvenirs de quelques années d'école. Le premier émoi causé par le regard d'une fille posé sur moi. Elle s'appelait Marisa, elle était belle, douce et gentille. Camarade de classe, elle est la seule personne à avoir suscité en moi le plaisir de fréquenter l'école. Je ne l'ai jamais oubliée, je ne l'oublierai jamais ! Je lui dédie ce petit clip, qu'elle mérite mille fois. Merci Marisa d'avoir été là...

16 avril 2024 ____________________________________________________

Valentin un jour, Valentin toujours...

Août 1971. J'ai 17 ans et je passe une dizaine jours chez des amis de mes parents, un couple ayant cinq enfants, trois filles et deux garçons. Si je suis en vacances dans ce village jurassien, situé à la frontière avec la France, c'est parce que, un mois et demi plus tôt, lors d'un piquenique commun à nos deux familles, j'ai noué une relation intime avec la deuxième fille de la famille, Martine qui a 19 ans. Je suis donc extrêmement heureux de la retrouver. Mais, après quelques jours, je remarque un certain fléchissement de sa part quant à sa disponibilité dans notre relation. Je ne comprends pas pourquoi, et lui pose la question. Réponse très vague et peu convaincante de sa part. Un jour, je ne me souviens plus pour quelle raison, j'entends son père la surnommer, "bourreau des cœurs". J'accuse le coup, et m'interroge sur l'échéance de notre histoire, si brève, craignant qu'elle ne se termine en eau de boudin.

Quelques jours avant de rentrer chez moi, alors que les choses ne s'arrangent pas, en compagnie de sa sœur aînée je me rends chez un groupe d'ami(e)s des deux filles, afin de participer à ce qu'on appelle à l'époque, une surprise-party (soirée dansante). Martine nous y rejoindra plus tard. Fabienne et moi marchons côte à côte. Nous n'avons pas beaucoup parlé depuis mon arrivée, et je me sens un peu emprunté quant à lui faire la conversation. Elle sent bon et (vraiment sans la moindre arrière-pensée), je le lui fais remarquer. Sans me regarder, elle sourit. Fine et élancée, elle est physiquement très différente de sa sœur, plus petite et aux attributs féminins nettement plus développés (critères sans importance à mes yeux). Il n'est pas tard, mais la nuit est tombée (l'heure d'été n'est pas encore en vigueur). Il fait chaud, le ciel est constellé d'étoiles, et je me sens plutôt bien en sa compagnie. La rue est déserte et, de loin en loin, faiblement éclairée par les réverbères surplombant notre cheminement. Peu pressés dans notre progression, nous parvenons à la hauteur de deux maisons, construites très proches l'une de l'autre. Soudain, Fabienne s'arrête, me regarde en silence, le temps de deux secondes, puis attrape ma main et m'entraîne avec force dans la sombre ruelle séparant les deux bâtisses. Là, avec une vigueur insoupçonnée et insoupçonnable, elle se jette dans mes bras et m'embrasse passionnément. Totalement surpris, je subis l'assaut. Mais, assez rapidement, je la rejoins dans son étreinte passionnée et ses enivrants baisers. Cela n'a pas duré, me semble-t-il, plus de deux minutes. Mais quel souvenir merveilleux j'en garde ! La détermination de cette fille de 20 ans, sa douceur et son parfum aux fragrances envoûtantes m'ont totalement subjugué.

Comme je vivais dans une famille, au sens large du terme, dominée par des hommes (père, grand-père, oncles) majoritairement machos, et avec des femmes obéissantes et soumises, l'initiative de Fabienne m'a proprement époustouflé. Ouvert à la beauté et à la douceur féminine depuis quatre ou cinq ans, j'ai vu en elle le prototype idéal d'une fille vivant et comblant ses envies comme elle l'entendait. Et j'ai adoré ça ! Elle était fiancée à un homme bien plus âgé, qui vivait en France, à plus de 100 kilomètres de chez elle ; les week-ends étaient leurs seuls moments de rencontre, et ils avaient prévu de se marier deux mois plus tard. Cette parenthèse de tendresse lui était nécessaire, elle l'a comblée et j'en ai été l'heureux bénéficiaire. Mes derniers jours chez elle furent remplis de moments similaires, et je me préparai à la quitter soumis à un gros pincement de cœur, contrairement à Martine qui ne s'était rendue compte de rien, sans doute pensant à un autre que moi (je l'ai su plus tard). Fabienne m'avoua alors ne pas avoir la moindre envie de se marier, mais qu'elle allait quand-même le faire, part dépit, et sans vouloir m'en dire davantage. Nous nous quittâmes donc, non sans nous être isolés afin de vivre nos dernières douces et mémorables effusions. Après cela, je ne l'ai plus jamais revue, jusqu'au décès de son papa, en 2017 je crois. Cinquante-trois ans après ces tendres moments, elle demeure dans ma mémoire la femme m'ayant embrassé comme nulle autre n'a jamais réussi à le faire. Sans doute est-ce depuis ce temps-là que mes rêves nocturnes, souvent peuplés de femmes, me portent vers l'une d'entre-elles, qui me sourit et qui prend l'initiative d'un moment de tendresse entre elle et moi. J'adore ça, et je ressens une immense fierté de constater que le macho qui, parait-il, est présent dans chaque homme, sommeille en moi depuis tant et tant d'années. Et croyez-moi, je n'ai jamais éprouvé le moindre besoin ni la plus minuscule envie de le réveiller…

En ce jour où un certain Valentin nous invite à célébrer celle ou celui que l'on aime d'amour, je ne me joindrai pas à la masse qui se plie à cette coutume ringarde. Parce que mon amour des femmes, je le célèbre et le vis chaque jour de ma vie, et ceci depuis mon adolescence, que ce soit en réalité ou virtuellement (cinéma). Les femmes ont énormément compté dans mon existence, qu'elle soit privée ou professionnelle. Dans la seconde, toujours plus ou moins présentes, ce sont elles qui m'ont apporté mes plus belles satisfactions. Et finalement, si j'en suis là aujourd'hui, c'est sans aucun doute parce que j'ai eu très largement le temps de me rendre compte que la femme est infiniment plus intéressante que son contraire.

14 février 2024 _______________________________________________

Eté 63...

​

Soixante ans déjà,

Et la douleur est toujours là.

Elle ne faiblit pas !

Souvenir présent,

Indélébile au fil des ans.

Amer et pesant.

 

Cureton tout-puissant,

Virant obscène en abusant

D'un gosse de neuf ans.

Tenter de fuir ça,

Fut un dur et très long combat,

Mais sans résultat.

 

L'abuseur est mort,

Sans doute sans le moindre remord ;

Moi, je vis encore.

Dans mon corps usé,

Bat un cœur jamais apaisé,

Epuisé, brisé.

 

Résigné j'attends

Que se présente enfin l'instant

D'oublier ce temps,

De fuir pour toujours

Ce souvenir beaucoup trop lourd

D'un si triste jour.

15 août 2023 _________________________________________________________

Où vais-je, où cours-je, dans quel état j'erre ?

​Tempétueux, le vent du soir s'engouffre dans mon appartement surchauffé. La météo est à l'orage. Mais il ne tombera pas la moindre goutte. En face de mon clavier, de l'écran de mon ordi, d'une photo de mes filles et de deux posters de vieilles voitures, je cherche l'inspiration. J'ai tant écrit, au fil de ma vie, que je sais pertinemment qu'il me faudra du temps pour trouver le point de départ de ce que vous êtes en train de lire. Devant ma fenêtre, les rideaux sont à l'horizontale. Presque noire, la nuit s'avance à ma rencontre. Propice à m'interroger. Car le bilan est fait, les constatations sont établies : ma vie, après 25'290 levers de soleil, est au point mort. Pourtant je vis encore...

Mais pour qui, mais pourquoi ? Cet effarant début de 21ème siècle m'a vu dans un perpétuel questionnement. Les augures s'avèrent tout sauf rassurants. A mon éco-anxiété désormais bien établie, s'est ajoutée la peur de cette guerre en Europe, dont personne ne peut prévoir comment elle va se terminer. Et puis ce fléau que va bientôt représenter l'Intelligence Artificielle qui, dans certains domaines, va semer le doute, la méfiance, la panique partout dans le monde. Ces trois prochains quarts de siècle verront les migrations déferler sur l'Europe, ce continent colonisateur qui n'a rien fait (et que ne fait toujours rien) pour aider celles et ceux qui crèvent de faim dans les pays, principalement africains, victimes de leurs misérables conquêtes.

Mon grand-père Joseph, que j'ai aimé bien plus que celui de ses fils qui m'a donné le jour, est mort à l'âge de 65 ans. J'ai aujourd'hui quatre ans de plus que lui. J'ai vécu quelques grandes et belles satisfactions tout au long de ma vie. Mes plus grandes déceptions se résument toutes dans ma relation avec celles qui ont partagé mes histoires d'amour. Elles sont au nombre de cinq et, au total, représentent quinze années de ma vie. D'elles, je n'ai pas retenu grand-chose, si ce n'est deux filles qui demeurent toujours mes plus belles (co)réussites. Les regrets concernant les autres, et spécialement deux d'entre-elles, ont duré bien plus longtemps que le temps passé à leur côté.

Prendre une femme dans mes bras est un rêve qui m'a bercé dès le début de mon adolescence. Concrétisé à de nombreuses reprises, mais aujourd'hui envolé.  Et ça ne me manque pas. Sauf parfois le soir, dans mon lit, au moment de m'endormir. Ma solitude est devenue une habitude, et mes rêves de conquête, jadis tous axés sur la gent féminine, ont fondu comme neige au soleil. Mes seuls réels moments de bonheur sont ceux que je vis auprès de mes enfants, quelques heures (toujours trop courtes) par mois. Sans oublier les quelques balades que j'effectue parfois (trop rarement) en compagnie de ma petite-fille adorée.

 

Il y a deux décennies, au sein d'un service aéronautique au sein duquel je travaillais, nous étions trois à nous prénommer Christian. Cet alors que j'ai demandé à mes collèges de m'appeler Curtis. Une opportunité très bien tombée, puisque depuis mon adolescence j'ai toujours détesté ce prénom, synonyme de Chrétien en anglais. Le christianisme, et plus précisément le catholicisme, fut responsable du plus grand traumatisme subi au cours de mon enfance. Plus encore que la violence de mon géniteur, et la douloureuse complicité de sa femme. 

Si la photographie demeure ma plus grande passion, le cinéma a longtemps été son égal. Mais lorsque je vois vers quoi il évolue, je crains de ne plus ardemment fréquenter les salles très longtemps. La grève quasi générale, mise en place à Hollywood il y a quelques jours, est un avant-goût de ce que sera sa très proche déchéance : la disparition des acteurs et actrices est inéluctable. La faute, une de plus, à cette IA imbécile, programmée pour créer, dans ce domaine, du faux avec du vrai, au point que toute différence entre les deux deviendra très vite indétectable. Alors, payer 15-20 balles pour aller voir des actrices de synthèse digitale sur grand écran, merci, très peu pour moi. A la limite, les acteurs je m'en fous, mais pas toi, Jessica Chastain, pas toi Nina Hoss, ni toi Noémie Merlant.

Depuis 22 ans, j'ai passé trop de temps à attendre des jours meilleurs. Ils ne viendront pas, ils ne viendront plus. Mon destin demeure planté devant un feu rouge, à un carrefour sans la moindre visibilité tout autour. Et l'ampoule derrière le verre vert est cramée. Alors, que faire ? Passer quand-même ou effectuer un 180 degrés ? La seconde solution est impossible, car nul ne peut hélas retourner dans son passé. Quant à la première, je peux la tenter. Mais où m'emmènera-t-elle ? Pas très loin, peut-être sous ce potentiel poids-lourd de 40 tonnes, surgissant forcément de ma droite (parce que j'ai toujours été de gauche), à toute allure et qui me réduira en chair à saucisse avant même que j'aie le temps de dire merde ! Donc, "wait and see ? Ça n'est pas, mais alors pas du tout, dans mon tempérament de bélier impatient (pléonasme !) Donc, il faut bien que j'évoque cette troisième solution, celle que je tais, celle que je cache depuis quelque temps déjà, celle de l'ultime recours : ouvrir la boîte à gant de ma caisse, y puiser ce tube de comprimés retiré en pharmacie il y a une vingtaine de minutes, l'ouvrir et ingurgiter les 60 comprimés qu'elle contient. Ça devrait largement suffire. Ah, mais merde alors ! La bouteille d'eau que j'ai toujours à bord est vide ! Et pis, de toute façon, chui bien trop trouillard pour accomplir ce geste, pourtant commode, décisif et définitivement libérateur…

 

So what ? J'ai trop de respect et de compassion pour celles et ceux qui, sous la forme d'une maladie très grave, souffrent atrocement, pour souhaiter qu'une d'entre-elles s'attaque à ma vieille carcasse. Non, que le diable m'en préserve ! Au-dessus de mon lit, un petit cadre y a sa place depuis 22 ans, et ceci dans tous les appartements que j'ai habités, dès la séparation d'avec mes filles. Chaque soir, avant de m'endormir, en croisant les doigts je leur parle, leur souhaite la réussite, la joie, le courage, le bonheur, et que la vie les comble et prenne bien soin d'elles. Ainsi, au cours de la nuit, s'il prenait l'envie à mon cœur fatigué de poser les plaques, elles auront été, dans leur cadre, ma dernière vision concrète et réconfortante…

19 juillet 2023 ___________________________________________________

L'intolérance, nonante ans après.

Le 30 janvier 1933, dans une Europe en pleine crise, Adolf Hitler s'emparait du pouvoir en Allemagne. Pour un voyage dans l'horreur de douze longues années ayant entraîné la mort de 60'000'000 d'enfants, de femmes et d'hommes. Son règne fut celui de la barbarie, de l'intolérance et du racisme.

Où en sommes-nous aujourd'hui, qu'avons-nous appris et surtout retenu de ces misérables valeurs ayant mené à l'un des plus grands désastres dans l'histoire de l'humanité ? Peu de choses, à mon avis. La crise est là, générale, la guerre sévit en Europe, le climat est favorable à la haine de l'autre, à la propagation du "chacun pour soi, et moi le premier"...

L'humain a la mémoire courte. Il ne retient rien de son passé. Ses erreurs, il les répète inlassablement. Egoïste dans son bonheur, il trouve normal que le monde entier partage son malheur. Les guerres mondiales ne sont certainement pas finies. Il y  en faudra d'autres pour que cette incorrigible créature fasse un pas dans la compréhension, plusieurs dans l'humilité, des centaines dans l'altruisme, et des milliers dans la tolérance...

30 janvier 2023 __________________________________________________

bottom of page