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Romy Schneider

La plus belle scène d'un film que je n'aime pourtant pas beaucoup. Dans le "Le vieux fusil", de Robert Enrico, tourné en 1975, Romy Schneider partage l'affiche avec Philippe Noiret. Deux immenses actrice et acteur, qui se rencontrent durant la Seconde Guerre mondiale. Pour lui c'est le coup de foudre, pour elle pas du tout, mais elle succombera plus tard. Succomber, pour Clara, représentera aussi son horrible destin. Et c'est cela que je ne supporte pas dans ce long-métrage, César du meilleur film en 1976. Noiret sera également lauréat pour ce film, et Romy aussi, mais pour "L'important c'est d'aimer", du Polonais Andzej Zulawski.

En 75 Romy Schneider a 37 ans. Les années Sautet sont derrière elle, avec toute la gloire qu'elles lui ont apporté, et elle n'a plus rien à prouver. Elle est d'une sublime beauté, parfaitement mise en valeur dans cette séquence inoubliable. Belle, très belle oui, mais surtout prodigieuse comédienne, pour moi la meilleure en Europe. A cette époque, elle divorce de Harry Meyen, père de David, leur fils de 8 ans et demi. Six ans plus tard, le 5 juillet 1981, ce sera l'épouvantable drame de la mort accidentelle de ce fils qu'elle adorait. Elle ne s'en remettra jamais et, le 29 mai 1982, à l'âge de 43 ans et demi, elle meurt d'une absorption massive d'alcool et de médicaments. Comme Marilyn Monroe, 20 ans plus tôt...

Au cours de ma première fonction à l'aéroport de Genève (1975-1989), j'ai eu l'occasion de voir, en face de moi, bien des célébrités. Et les actrices sont celles qui m'ont toujours fait rêver. Parmi celles-ci, je me souviens parfaitement de Audrey Hepburn, Sophia Loren, Julie Andrews, Gina Lollobrigida, Isabelle Adjani, Liz Taylor, Brigitte Fossey, Virginie Ledoyen, Marthe Keller, Véronique Jannot, Jill Ireland, Natalie Wood, Marie Laforêt, Laetitia Casta, Laura Antonelli, Nastassia Kinski, Jane Birkin, et surtout Romy Schneider, la seule avec qui j'ai pu échanger. Si mon souvenir de la date exacte est imprécis, je pense que cela devait se situer après la disparition de son fils David. Parce que, malgré son sourire et sa gentillesse, elle avait dans le regard un voile qui en disait long sur sa détresse intérieure. Elle prenait l'avion pour Paris et, en qualité d'officiel (sans grande importance), je lui suis venu en aide dans une démarche relative au passage de la frontière. Dans mon souvenir, bien vivant, elle portait des vêtements plutôt légers, à dominante vert olive, elle m'a semblée relativement bronzée. Peut-être était-elle venue à Genève pour présenter, dans le "Spécial Cinéma" de Christian Defaye sur la TSR, son dernier film, "Garde à vue", sorti sur les écrans le 23 septembre 1981, jour de son 43ème anniversaire. Préposer au contrôle des passeports dans un service équivalant helvète de la "Police de l'Air et des Frontières" française, elle m'a tendu son passeport allemand. L'ayant bien entendu immédiatement reconnue, je ne lui ai pas fait l'affront de contrôler celui-ci. Elle me remercia d'un grand sourire. Emu et débordant d'admiration, je la regardai s'éloigner.

Mais très vite elle fit demi-tour, revint vers moi pour me demander  à quel endroit devait-elle présenter une détaxe à l'exportation, destinée au service des douanes suisses. Par chance, la borne (commandée à distance) destinée à cela se trouvait à moins de dix mètres de ma guérite, ce que je lui ai indiqué. S'y étant rendue, après un court instant, elle se tourna à nouveau dans ma direction, affichant une moue explicite quant à l'usage malaisé de cette machine. Instruit à l'usage de l'instrument (fort peu ergonomique, je le reconnais), je quittai donc mon poste de travail afin d'aller l'assister dans sa démarche. La comédienne a sans doute remarqué le trouble que constituait pour moi le fait de me trouver à ses côtés. Souriant et plaisantant quant à son incapacité à utiliser cette machine, elle a tout fait pour me mettre à l'aise. Et puis, l'opération terminée, elle m'a remercié et s'en est allée en me serrant la main, ce qui en dit long sur ses qualités humaines. Moi, j'étais sur un nuage. Et longtemps je me suis demandé si je n'avais pas rêvé. Mais non, ça s'est bien passé comme ça.

Cette rencontre représente le plus beau cadeau que m'ait fait le 7ème Art, et le plus beau moment de mes 15 années passées dans ce service. Il n'a pas duré beaucoup plus de trois minutes, mais il représente, et demeure depuis 45 ans, un moment inoubliable, inscrit pour la vie dans ma mémoire...

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